jeudi 28 juin 2012

Aventures en Loire - Bernard OLLIVIER








Quatrième de couverture:

Des chemins intimes aux vignobles prestigieux, des châteaux dans la brume au silence des matins sur l’eau calme, Bernard OLLIVIER retrace une odyssée hors du commun de 1 000 kilomètres sur les bords de Loire, du mont Gerbier-de-Jonc jusqu’à Nantes. Il dessine au fil des rencontres le portrait d’un fleuve majestueux, mais aussi celui des gens qui lui ont ouvert leur porte et leur coeur. L’aventure a le goût du bonheur, même si le fleuve, comme la vie, n’est pas toujours tranquille…

"Bernard OLLIVIER prouve que l'aventure peut aussi se vivre près de chez soi et être aussi forte."
                                                                                                                Jean-Michel BARRAULT, LIRE

Né en 1938, longtemps journaliste, Bernard OLLIVIER est retourné en Normandie à l’heure de la retraite et anime Seuil, une association d’aide aux jeunes délinquants par la marche à pied. C’est cette activité qui lui aura valu, à soixante ans passés, la célébrité d’un écrivain-voyageur unanimement salué à la publication de son journal Longue Marche, dédié à son étonnant périple sur la route de la Soie.


Mes impressions:

De Bernard OLLIVIER, je n’ai pas encore lu Longue Marche mais ces trois livres figurent dans la longue, très longue, liste de mes livres à lire. C’est donc par ces Aventures en Loire que je le découvre, sans point de comparaison.

Après des périples beaucoup plus dépaysants, notamment sur la route de la Soie, ce grand marcheur s’attaque à un nouveau défi, remonter la Loire de sa source au Mont Gerbier-de-Jonc jusqu’à Nantes où elle se jette dans l’Atlantique. Ceci en partie sur la Loire même, à bord de « Canard » son canoë en plastique. On le suit donc, voguant tant bien que mal sur le fleuve. Au fil de son récit, on a parfois l’impression d’avoir embarqué avec lui et de découvrir tous ces paysages de bord de Loire.

Au-delà de l’exploit en lui-même, c’est davantage l’aventure humaine qui prime ici. La succession de soirées conviviales, de diners revigorants, de rencontres et d’amitiés crées l’emportent sur le reste. Maintenant, contrairement à ce qu’il affirme à la fin, je pense qu’il est plus facile de débarque chez des amis d’amis pour se faire héberger pour la nuit quand on s’appelle Bernard OLLIVIER et qu’on a son parcours. Cette succession entraine un côté certes un peu répétitif mais quand l’auteur se laisse emporter et s’éloigne un peu de ses rencontres, la magie opère.
Je ne peux résister au plaisir de vous faire partager ce long passage, petit bijou auquel ce livre sert d’écrin :

« Une de ses amies […] lui a parlé de mon aventure ligérienne. Nous parlons de la Loire. Emmanuelle s’y promène souvent, s’émerveillant du nombre d’oiseaux  qui nichent sur ses berges et bien sûr de cette luminosité si particulière au fleuve. Les couchers de soleil sont chaque soir un spectacle qui fait écho à la splendeur de l’aube, quand les rayons du levant ou du couchant, bien alignés dans le prolongement du courant, le prennent en enfilade en faisant miroiter les feuilles de peupliers. Cette lumière qui a inspiré les plus grands peintres à l’instar de Turner est probablement due à l’orientation, très exactement est-ouest, de la Loire. Il y a d’abord l’éclairage du matin. Lorsque les premiers frappent l’eau, s’élève comme une promesse de bonheur. Une vapeur presque invisible filtre les rayons rasants, la clarté, d’évanescente, devient palpable, c’est une buée, un encens offert par le fleuve au soleil levant. Et puis toute la vallée s’embrase, chasse les dernières ombres et rutile. Bizarrement, je tourne le dos à la lumière, et pourtant je me fais l’effet d’aller au-devant d’elle, de se glisser vers le jour alors que c’est lui qui me pousse. 
La splendeur du soir est bien différente. Le soleil se couche exactement dans l’axe de la Loire. Je le vois décliner jusqu’à ce qu’il devienne énorme et rouge, gonflé d’orgueil d’avoir une fois de plus, dominé nos existences. Tandis qu’il s’abaisse encore, son éclat irise les haies  des berges, rend chaque feuille translucide, fait de chaque arbre un abat-jour cachant les ombres qui s’immiscent, pendant que le disque écarlate embrase l’eau d’un incendie dont chaque vaguelette est une  flammèche. Quand les nuages prétendent jeter un rideau sur le spectacle, celui-ci n’est pas moins beau. Il s’offre aussi, mais dans des tons mineurs, pastel, comme s’il ne voulait pas trop déranger, pas trop bousculer l’âme du spectateur. Durant mon parcours, matin et soir, j’assisterai, fasciné, à cette admirable féerie. »

L’auteur en profite aussi pour nous faire découvrir l'association Seuil qui vient en aide aux adolescents en grandes difficultés, sorte de renaissance par la marche.

De cette aventure ligérienne ne découle pas un livre inoubliable mais assurément le récit d’une belle aventure humaine.


Un grand merci à aux Editions Libretto et à Babelio 

pour l’envoi de ce livre dans le cadre de l’opération Masse Critique.


Libretto 384
ISBN 978-2-7529-0661-8
220 pages

(reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babelio)

dimanche 3 juin 2012

Tom petit Tom tout petit homme Tom - Barbara Constantine




Quatrième de couverture:

Tom a onze ans.
Il vit dans un vieux mobil-home déglingué avec Joss, sa mère (plutôt jeune : elle l'a eu à treize ans et demi). Comme Joss aime beaucoup sortir tard le soir, tomber amoureuse et partir en week-end avec ses copains, Tom se retrouve souvent tout seul. Et il doit se débrouiller. Pour manger, il va dans les potagers de ses voisins, pique leurs carottes, leurs pommes de terre... Mais comme il a très peur de se faire prendre et d'être envoyé à la Ddass (c'est Joss qui lui a dit que ça pouvait arriver et qu'elle ne pourrait rien faire pour le récupérer), il fait très attention, efface soigneusement les traces de son passage, replante derrière lui, brouille les pistes.
Un soir, en cherchant un nouveau jardin où faire ses courses, il tombe sur Madeleine (quatre-vingt-treize ans), couchée par terre au milieu de ses choux, en train de pleurer, toute seule, sans pouvoir se relever. Elle serait certainement morte, la pauvre vieille, si le petit Tom (petit homme) n'était pas passé par là...


Mes impressions:

 
Une couverture vert pomme qui attire mon regard.  Vert, la couleur de l’espoir.
Mais qu’est-ce que c’est que ce titre ? Tom, petit Tom, tout petit homme, Tom !! Qu’est-ce que c’est que ce truc, une aventure de Tom Tom et Nana ? Je suis dans un vide-grenier comme souvent à la recherche de livres de poche. Je ne lis même pas la quatrième de couverture, le livre est comme neuf, je le repose. Une semaine plus tard, un autre vide-grenier, encore ce livre, je le reprends, je le repose. Une autre semaine plus tard, encore ce livre. Là, je me dis, quand même il y a un truc, il me poursuit ou quoi… Je lis la quatrième de couverture, je me dis pourquoi pas et je ne le regrette pas.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Tom n’est pas né avec une petite cuillère en argent dans la bouche. Il vit dans un mobil-home avec sa mère Joss qui l’a eu très jeune. Si jeune que le plus adulte des deux n’est pas forcément celui auquel on s’attend. Si jeune, qu’elle se comporte davantage avec lui comme une grande sœur pas toujours marrante que comme une mère, adulte et responsable.
Tom est « un bon gars » comme aurait dit ma grand-mère. Et dans sa bouche, c’était un grand compliment, elle n’était pas facile ma grand-mère…

Il fait de son mieux quand il trouve la vieille Madeleine tombée dans son jardin.
Il fait de son mieux quand il va devoir s’occuper de son vieux chien et de son vieux chat qu’il surnomme affectueusement Balourd et Le Mité.
Il fait de son mieux avec sa mère pour que tout se passe bien et qu’elle ne se mette pas trop en colère car elle n’est pas toujours drôle Joss quand elle se met en colère.
Il fait de son mieux pour améliorer leur quotidien en jardinant, n’hésitant pas non plus à se servir dans le jardin des voisins anglais, Archibald et Odette, dotés d’un flegme tout britannique.
C’est un gamin dévoué que la vie n’a  pas épargné, elle l’a responsabilisé, mais qui a malgré tout réussi à garder son âme d’enfant.

Barbara Constantine nous offre une galerie de personnages tous plus attachants les uns que les autres. Ils ne sont pas tout noirs ou tout blancs même s’ils sont globalement plutôt positifs. Une écriture à la Anna Gavalda qui rend plus belles les petits choses du quotidien et qui, l’air de rien, rend un bel hommage à des gens vrais avec des sentiments vrais.

Des petits instantanés de vie magnifiés, une façon de transcender le réel, bref, un petit moment de plaisir tout simple comme je les aime.


 Barbara Constantine


Le Livre de Poche 32098
ISBN 978-2-253-15773-3
211 pages

(acheté dans un vide-grenier)

samedi 12 mai 2012

Matilda - Roald Dahl





 Quatrième de couverture:

Avant même d'avoir cinq ans, Matilda sait lire et écrire, connaît tout Dickens, tout Hemingway, a dévoré Kipling et Steinbeck. Pourtant son existence est loin d'être facile entre une mère indifférente, abrutie par la télévision et un père d'une franche malhonnêteté. Sans oublier mademoiselle Legourdin, la directrice de l'école, personnage redoutable qui voue à tous les enfants une haine implacable. Sous la plume tendre et acerbe de Roald Dahl, les événements vont se précipiter, étranges, terribles, hilarants... 

Mlle Candy


Mes impressions:


Ma première incursion dans l’univers de Roald Dahl remonte à il y a bien longtemps quand je regardais sur FR3, oui vous lisez bien, la surprenante série britannique sorte d’anthologie à la « Hitchcock présente » librement inspirée de son recueil de nouvelles Bizarre, Bizarre. Je riais, parfois frissonnais, c’était toujours totalement inattendu donc j’adorais. Mais c’est beaucoup plus tard avec l’adaptation de son roman «jeunesse» Charlie et la chocolaterie par le génialissime Tim Burton que je l’ai véritablement découvert. Ensuite, c’est l’excellente  critique de Livr0ns-n0us qui a achevé de me convaincre, il me fallait lire Matilda.

Matilda est une délicieuse petite fille de 5 ans, vive et intelligente doté de parents idiots, cupides et détestables, qui a la particularité d’être étonnamment douée pour la lecture. Pour assouvir sa fringale littéraire, elle bénéficie d’abord du soutien de la bibliothécaire de son village, Madame Folyot, qui la fournit en livres, de grands auteurs de préférence (Dickens, Hemingway, Kipling, Austen, Faulkner, Orwell…) car chez les Verdebois, on ne lit pas, «Une gamine doit penser à se faire belle pour décrocher plus tard un bon mari. C'est plus important que les livres […]» dixit Madame Verdebois. Matilda doit d’ailleurs, du moins au début, s’adonner à sa passion en cachette pour éviter leur courroux.

En parlant de courroux, à son entrée à l’école, Matilda se retrouve aussi confrontée à la terrifiante Mademoiselle Legourdin. Ex-championne olympique de lancer de marteau, directrice-garde chiourme, elle aurait davantage sa place dans un pénitencier de haute sécurité que dans une école primaire. Violente, obtuse, borné, je ne vous déconseille de vous mettre en travers de sa route, elle ne ferait de vous qu’une bouchée. Elle hait tous les élèves sans exception « ce ramassis de nabots » et ne rate jamais une occasion de faire preuve d’un autoritarisme et d’une violence aussi démentiels que disproportionnés envers les écoliers sous les prétextes les plus fallacieux.

Heureusement, Matilda va trouver en sa jeune institutrice, Mademoiselle Candy, une interlocutrice à sa mesure, attentionnée, compréhensive, à l’écoute. Elle est la première à s’intéresser aux dons de la petite fille et sans rien révéler de la suite de l’histoire, on peut dire qu’elles vont s’apporter beaucoup l’une à l’autre.

Concernant les quelques illustrations de Quentin Blake, je dois dire que je les trouve parfaite. Elles aèrent le texte et donne vit aux personnages de manière assez subtile. J’y vois plus une évocation des personnages et de leur univers, plutôt qu’une représentation parfaite qui ne laisserait plus aucune place à l’imagination. Elles sont donc un véritable complément au récit de l’auteur.

J’ai pris un immense plaisir à lire ce livre. C’est bien écrit, tantôt drôle, tantôt grave mais toujours juste malgré certains passages frôlant le grand guignol et d’autres flirtant avec le fantastique. Ces moments sont bien amenés, on se prend au jeu, on y croit, on vit ses aventures avec  Matilda. Vous l’aurez compris, je me suis totalement laissé emporter par l’histoire, j’ai passé un excellent moment de divertissement intelligent. C’est donc le premier ouvrage de Roald Dahl que je lis mais assurément pas le dernier.


 Mlle Legourdin

Citations:

"Les dirigeants d'établissements scolaire sont, en général, choisis parce qu'ils font preuve d'éminentes qualités. Ils comprennent les enfants et prennent leurs intérêts à coeur. Ils sont ouverts et compréhensifs. Ils ont un sincère souci de la justice et de l'éducation de ceux qui leur sont confiés. Mlle Legourdin, elle, ne possédait aucune de  ces qualités. Et comment elle avait pu accéder à son poste  demeurait un véritable mystère.
C'était une espèce de monstre femelle d'aspect redoutable. Elle avait en effet accompli, dans sa jeunesse, des performances en athlétisme et sa musculature était encore impressionnante. Il suffisait de regarder son cou de taureau, ses épaules massives, ses bras musculeux, ses poignets noueux, ses jambes puissantes pour l'imaginer capable de tordre des bars de fer ou de déchirer en deux un annuaire téléphonique.[...] Elle avait un menton agressif, une bouche cruelle et de petits yeux arrogants.[...] Bref, elle évoquait plus une dresseuse de molosses sanguinaires que la directrice d'une paisible école primaire."



 Roald Dahl au travail


Pour avoir un autre avis, lisez celui de FLaure du blog Vie quotidienne de FLaure.

Folio Junior 744
ISBN 2-07-051254-1
272 pages

(acheté dans un vide-grenier)
 

mercredi 9 mai 2012

Traboule - Dream Travel Agency - Pochep




 Mes impressions:


Prenez une campagne électorale dans un bled des Etats-Unis.
Prenez un candidat, Stuart Logan, véreux, stupide, laid, habillé de manière totalement improbable.
Prenez sa femme, Linda Logan, qui déteste son mari et décide de le quitter en plein cœur de cette campagne électorale.
Prenez des ados boutonneux, titillés par leurs hormones.
Prenez des dames bien sous tous rapports, qui promène avec son chienchien à sa mémère.
Prenez un homme mystérieux en fauteuil roulant détenteur d’un étrange appareil, une traboule.
Prenez soin de bien garder à l’esprit le sous-titre de cette bande dessinée : Dream Travel Agency.
Mélangez le tout et vous obtenez un univers surréaliste, fantastique et décalé dans lequel les personnages s’échappent ou fuient leur quotidien à travers un passage, la traboule en question, vers des univers parallèles ou vers leurs fantasmes, allez savoir…

Une mamie bien sous tous rapports est excitée en pensant à des nains aux membres surdimensionnés. Une épouse bafouée se rêve bodybuildeuse pour prendre sa revanche. Un adolescent à l’homosexualité refoulée se révèle. Chacun y va de son « voyage » pendant que la campagne électorale bat son plein avec son lot de rebondissements que je vous laisse découvrir.
  
En ce qui me concerne, je n’ai pas du tout été séduit par l’histoire que j’ai trouvé plutôt embrouillée et encore moins par les dessins. C’est un style que je trouve brouillon et que personnellement je n’apprécie pas. De plus, le fait que plusieurs dessinateurs interviennent  a encore ajouté à ma confusion. Mais je reconnais qu’il est amusant de voir les mêmes personnages croqués par  différents créateurs Pochep, Archie, Unter, Jules & Tom et Terreur Graphique.

Merci en tout cas à Babelio et aux Éditions VRAOUM pour ce livre reçu dans le cadre de l’opération Masse Critique BD.


Pochep

Éditions VRAOUM
ISBN 978-2-915920-71-0
102 pages

(reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique BD de Babelio)

dimanche 6 mai 2012

Le Dernier mousse - Francisco Coloane





Quatrième de couverture:

Follement épris de l’océan et désireux de suivre les traces de son père, le jeune Alejandro brave l’interdit maternel et embarque clandestinement sur le Badequano. Engagé comme dernier mousse, il subit les moqueries de l’équipage, la saleté, mais les tempêtes l’attendent. Il lutte, envers et contre tout, pour apprendre le métier. Au bout de son périple, une terre sauvage : l’hémisphère Sud.

                               "Il se sentait un vrai marin. Son grand rêve s'était réalisé.  
                                Le sang de son père revivait sur l'océan."

Francisco Coloane est né en 1910 au Chili et mort en 2002. Ses romans sont profondément inspirés par la vie australe et le métier de marin. La plupart de ses ouvrages sont parus en Points.

«Un roman éternel, généreux, saturé d’embruns et de frissons.» L’Express

Traduit de l’espagnol (Chili) par François Gaudry


la corvette Général Baquedano


 Mes impressions:

 
Voilà, ça y est, je suis marin !

Je suis entré à pas feutré dans ce livre, sans faire de bruit, histoire de passer incognito, surtout ne pas se faire remarquer. Embarquement immédiat à bord de la corvette Génréral Baquedano pour son tout dernier voyage. Avec trois cents hommes à bord, un de plus ou un de moins…

En parlant de ça, il y en avait bien un de plus, le jeune Alejandro Silva Caceres, passager embarqué clandestinement. Un brave gamin, la tête sur les épaules, avec deux objectifs bien précis, retrouver son frère et devenir marin. Après le passage devant le commandant, les quelques railleries d’usages, il se fit très rapidement à sa nouvelle condition et devint Le Dernier mousse.

De concert, nous avons observé, écouté et appris. Et il y en a des termes techniques à connaître, mât de trinquette, trinquet, hune du trinquet, mât de misaine, focs, perroquets, coutelas, bossoirs et j’en passe. Heureusement, il a mieux retenu tout ça que moi.

Et son premier tour de garde à la vigie, comme on a ri ! Puis, on a tressailli en écoutant le récit de la malédiction de la «Léonora », une captivante histoire à vous glacer le sang.  Et cette tempête, avec la mer déchainée, nous projetant d’un bord à l’autre comme de misérables microbes, prête à tout pulvériser, je pensais ne jamais m’en relever. Mon estomac s’en souvient encore…

Que de souvenirs gravés à jamais ! Que d’images mémorables ! Les baleines, la mer de glace, les indiens Alakaluf, les indiens Yaghan, que de rencontres surprenantes et nous n’étions pas au bout de nos surprises…

Une aventure mémorable à bord de laquelle je ne regrette pas d’avoir embarqué. Enfin, je devrai plutôt écrire, un livre que je ne regrette pas d’avoir dévoré, sans bottes ni ciré, transporté par l’écriture de Francisco Coloane.

Ben oui, moi, je suis presque marin, presque !...

 
 Francisco Coloane

Extraits:

"En mer, quand la mort s’approche, il faut ouvrir grands les yeux et la regarder en face; alors elle fait moins peur, c’est comme tu allais descendre à quai. C’est pour ça qu’un naufrage est moins dur sur une barque que sur un navire. Sur une barque
on regarde la mort dans les yeux, on a envie de se lever et de marcher á son bras au milieu des vagues, mais sur un navire tout est trop grand, il y a trop de bruit,d’appels, la mort s’annonce de façon si terrifiante, que lorsqu’elle arrive on est comme fou.
Plus grand est le bateau, plus dur est le naufrage."

"Les flots redoublaient de furie; ce n'était plus l'océan mais un univers de folles montagnes liquides qui dansaient en se fracassant les unes contre les autres. Le vent hurlait, mugissait, des torrents de pluie s'abattaient comme une mer se déversant d'en haut. De temps en temps on entendait des cris lacérants, plaintifs, des appels retentissants jaillissaient des flots et du vent. C'était la voix de la tempête."

"Il essaya à l'aide d'une grosse corde de grimper le long du câble, mais une vague immense inclina dangereusement le bateau, un coup de vent fit tourner la voile et, fouetté par les cordages, l'homme fut arraché comme une ombre et disparut happé par la nuit et les flots en furie.
Il était inutile de crier "Un homme à la mer!", inutile de jeter une bouée à l'eau.." 



Point 481
ISBN 978-2-02-033290-3
178 pages

(échangé via www.pochetroc.fr)

jeudi 3 mai 2012

La Vie d'une autre - Frédérique Deghelt




Quatrième de couverture:

Marie a vingt-cinq ans. Un soir de fête, coup de foudre, nuit d’amour et le lendemain… Elle se retrouve douze ans plus tard, mariée, des enfants et plus un seul souvenir de ces années perdues. Cauchemar, angoisse… Elle doit assumer sa grande famille et accepter que l’homme qu’elle a rencontré la veille vit avec elle depuis douze ans et ne se doute pas du trou de mémoire dans lequel elle a été précipitée. Pour fuir le monde médical et ses questions, elle choisit de ne rien dire et devient secrètement l’enquêtrice de la vie d’une autre. Ou plutôt de sa propre vie. C’est avec une énergie virevoltante et un optimisme rafraîchissant que Frédérique Deghelt a composé ce roman plein de suspense sur l’amour et le temps qui passe, sur les rêves des jeunes filles confrontés au quotidien et à la force des choix qui déterminent l’existence.

Tout le long de cet étonnant roman à tiroirs, qui est aussi une enquête psy riche de secrets, l’auteure maintient son cap et tient la route jusqu’au bout. Chapeau. Tatiana de Rosnay, Psychologies.

Mes impressions:


La mémoire, voilà un sujet qui m’intéresse, m’interpelle. La mémoire et la perte de mémoire, les oublis, j’y pense souvent et ça m’inquiète parfois…

Marie rencontre Pablo, ils sont attirés l’un vers l’autre, il y a comme une étincelle entre eux et ce qui doit arriver arrive, ils passent la nuit ensemble. Le lendemain matin, Marie se réveille radieuse. Radieuse sauf qu’elle se découvre mariée à Pablo et mère de trois enfants : 12 ans se sont écoulés !

Douze années dont Marie n’a aucun souvenir. Elle a tout oublié : son mariage, sa vie, ses enfants, son travail, ses amis. Elle découvre ses enfants comme si elle les voyait pour la première fois, elle ne se souvient ni de ses grossesses ni de ses accouchements, ce qu’elle aura beaucoup de mal à accepter, quel genre de mère peut oublier ce genre de chose. Elle se pose évidemment toutes sortes de questions, qui ne s’en poserait pas à sa place. Comment a-t-elle pu oublier tout ça ? Pourquoi a-t-elle oublié tout un pan de son existence ? Quels détails l’aideraient à retrouver quelques bribes ? Quels amis pourraient lui venir en aide ?

Marie va faire le choix de mener seul sa quête, sans parler à Pablo de ce trou béant dans sa mémoire. Elle va du même coup porter un regard forcément neuf sur cette relation de douze ans qu’elle va redécouvrir au fil de ses rencontres et de ses découvertes.

On l’accompagne avec plaisir et un peu d’angoisse dans sa quête car on se demande forcément ce qu’elle va découvrir, ce qui peut avoir causé cette faille dans son esprit. On se laisse porter par la fluidité de l’écriture de Frédérique Deghelt, par ses personnages regrettant parfois de ne pas pouvoir donner un coup de main à son héroïne.

Tout au long de ma lecture, phénomène d’identification oblige, je me suis posé tout un tas de question. Que se passerait-il si je me réveillais en ayant oublié les douze dernières années ? Eh bien, à vrai, le mot qui me vient tout de suite à l’esprit, c’est… L’angoisse !!! Je vivais dans une ville différente, avec une personne différente et j’avais un job différent. Pire encore, et si ma moitié oubliait les douze dernières années, je deviendrais quoi moi ?...

Et vous, que feriez-vous si votre mémoire tirait un trait sur ces douze dernières années ?



  Frédérique Deghelt

Extraits:

"Et, juste pour mémoire, la définition d’un mot. Le mot « oubli » : « Perdre le souvenir de quelqu’un, de quelque chose, manquement aux règles, à des habitudes. Défaillance de la mémoire. Oublier, c’est aussi pardonner."

"L'idée de commencer un cahier pour tout noter me traverse l'esprit. J'ai peur soudain qu'il ne soit lu, découvert. Je trouverai un endroit. Je l'enfermerai pour protéger une part de moi couchée sur du papier. Je sens que j'ai besoin de mettre toutes ces histoires quelque part. Une sorte de sac où jeter mes pensées en vrac." 

"Au milieu d'un silence, Lola s'exclame: Ma maman, elle est partie. C'est une autre maman qui est venue. Pablo me jette un coup d’œil. Les enfants disent de drôles de choses parfois, non ? J'acquiesce la gorge nouée."


Le Livre de Poche N°31559
ISBN 978-2-253-12577-8
252 pages


(échangé via www.pochetroc.fr)

jeudi 19 avril 2012

Carnet de vie - Gaëlle Moreau




Quatrième de couverture:


Après la mort de son père, Gaëlle Moreau décide de lui écrire pour lui rendre compte de sa vie et de ses sentiments. Commence ainsi la rédaction de son journal intime. Elle aime voir le monde et accomplit ses rêves : l’Himalaya, le Népal, l’Islande, le Maroc… Nous la suivons dans tous ses périples, où elle déploie une sensibilité singulière; "Je vois les petites choses de la vie que personne ne remarque", confie-t-elle, avec raison. Mais son don d’observation s’applique aussi en France, dans sa vie quotidienne. À travers les pages, elle entraîne son lecteur, entre le rire et les larmes, le fait de grandir, d’aimer, de souffrir, de se transformer petit à petit, sous les yeux de son père défunt. Ses convictions écologiques, ses amis, ses découragements et ses enthousiasmes, sa découverte de l’amour et de son homosexualité, tout est dit avec pudeur et sensibilité. Et nous lisons la vie de cette jeune femme touchante et parfois si seule avec une attention particulière. En se confiant, c’est souvent de nous qu’elle parle: nous retrouvons nos propres doutes, nos élans, toutes les petites choses qui construisent un destin.
Gaëlle Moreau est née en 1980 dans le Rhône. Son enfance est faite de déménagements successifs. A la fin de ses études, elle souhaite travailler très vite pour réaliser ses passions : randonnée, nature et voyages.
Après plusieurs expériences professionnelles, en 2009 elle s’installe dans le sud de la Vienne avec comme choix de vie la décroissance ou quelque chose qui s’en rapproche (!), et voyage dès qu’elle le peut pour voir le monde.


Mes impressions


Voilà un livre qui ne peut pas laisser indifférent !

Un bel objet déjà, qu’on a envie de prendre en main, de tenir, de caresser, de chérir. Mais le plus important n’est pas là. Le plus important, le plus intéressant, le plus interpelant est dans son contenu. La décroissance, vous connaissez ? Sans doute. Moi, je ne connaissais pas, je ne connaissais même 
pas le terme je crois. Mais nous y reviendrons.

Gaëlle Moreau dédie son livre à son père, à sa mère et « A la vie tout court… ».
Son livre est constitué des lettres qu’elle adresse à son père de 2001 à 2011. Cette correspondance restera à sens unique car il n’est malheureusement plus de ce monde mais il reste un point d’ancrage, de stabilité pour elle. Cette correspondance qu’elle lui adresse le garde, d’une certaine manière auprès d’elle, en vie… Le livre est aussi composé de ses réflexions sur sa vie en particulier et sur la vie en général. Le sens de la vie, la famille, les amis, les amours, le travail, les objectifs, tout ceci est remarquablement évoqué. On y trouve ses emballements, ses agacements, ses découragements… Comment continuer à vivre quand on perd un être cher dont on aurait encore tant besoin et auquel on a encore tant de choses à dire, à partager ? Comment affronter la vie, son quotidien, quand on se sent seul, différent, incompris ?

L’auteure nous emmène avec elle dans ses longues marches, ses randonnées et ses nombreux périples à travers le monde qui sont prétexte à nous faire partager toutes sortes de petites anecdotes sur le quotidien  quand on se trouve à l’étranger avec ses joies, ses émerveillements et ses désagréments. Ses pérégrinations la conduiront du Népal en Islande, en Corse en passant par le Maroc, la Bulgarie, l’Espagne mais aussi le Bénin ou la Mongolie. Ces excursions sont forcément source de réflexions sur notre monde, nous occidentaux, la façon dont on le malmène et dont on se crée des besoins qui n’en sont pas. Je vous parlais tout à l’heure de décroissance, nous y sommes. Pour éclaircir cette définition de décroissance, le plus simple et de vous citer un extrait d’une lettre qu’elle adresse à notre futur ex-Président de la République et dans laquelle elle nous donne sa vision de la décroissance :
«-réduire, voire supprimer mes déplacements polluants […]
-consommer des aliments sains (bio), locaux […]
-me chauffer avec des énergies moins polluantes […]
-lire, m’instruire, partager avec mes amis, échanger
-participer à la vie publique
-observer, regarder, écouter, sentir le monde (autrement dit: prendre le temps)
-réduire ma consommation d’eau, utiliser l’eau de pluie, l’eau de lavage des légumes […]»

Tout ceci, Gaëlle Moreau nous le distille sans de lourdes revendications mais par petites touches, c’est-à-dire intelligemment et donc assurément le plus sûr moyen pour parvenir à convaincre ses lecteurs. Alors, je ne vais pas vous dire que je suis devenu « décroissant » après avoir refermé ce livre mais une chose est certaine, cette lecture suscite la réflexion et a su titiller la fibre écolo en moi...

Ce Carnet de vie ne fait évidemment pas l’impasse sur une composante essentielle de notre vie à tous : l’amour !

Ses choix de vie la conduisent bien entendu à s’interroger sur leur bien-fondé. Il est parfois bien difficile de faire comprendre ses choix de vie et de se faire accepter avec ses différences sans passer pour une illuminée avec un mode de vie d’un autre âge. Elle se sent parfois incomprise, seule au monde. Le soutien, l’amour de ses amis et des siens est capital dans sa démarche. Enfin, sa rencontre avec l’Amour avec un grand A lui prouvera que tout va beaucoup mieux quand on est amoureux…

« Quand je suis seule, je n’ai plus aucune motivation, plus aucun entrain, je passe mon temps à lire, écouter de la musique, attendre, marcher. La vie ne mérite d’être vécue qu’à plusieurs ! Ou alors, je suis faite pour vivre en groupe, avec plein de gens autour de moi, comme dans une ville écolo ! »

« A deux, on est plus fort et on ose faire des choses que l’on ne fait pas seule […]»

Un livre intelligent, captivant et qui ne peut qu’engendrer la réflexion. Je n’aurai qu’une remarque à faire à Gaëlle Moreau : ne mettez pas dix ans à écrire le prochain !

Un grand merci aux Agents Littéraires et à la Société des Écrivains pour l’envoi de ce livre.  


 
Société des Écrivains
ISBN 978-2-6483-7269-4
253 pages

(reçu dans le cadre d'un partenariat avec Les Agents Littéraires )

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