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mardi 28 février 2017

Dans la forêt - Jean Hegland


Traduit de l'américain par Josette Chicheportiche 

"Je rêve de me laisser aller, d'oublier, de ne me préoccuper de rien. Je veux vivre avec abandon, avec la grâce insouciante du consommateur au lieu de m'accrocher comme une vieille paysanne qui se tracasse pour des miettes."

Quand ont lieu les premières coupures d’électricité, les premières pénuries en énergie de toutes sortes, Nell, Eva et leurs parents pensent que c’est provisoire, qu’il suffit de patienter.

Le temps passe, les coupures se font plus fréquentes, plus longues, jusqu’au moment où il faut bien se rendre à l’évidence, l’électricité ne reviendra pas. Le moment est venu d’en faire son deuil comme de bien d’autres choses.

Finie la danse en musique pour Eva, finies les sorties en ville pour Nell mais heureusement, il reste les livres. Leur vie va désormais se résumer à leur maison et à leur jardin en bordure de forêt. Comme une sensation de vase clos en pleine nature. Et bientôt, il n’est plus question de vie mais de survie.

Quand on ne peut plus compter sur aucune aide extérieure, on se retrousse les manches. On exploite les ressources, nombreuses, offertes par Dame Nature. On stock du bois pour l’hiver. On plante. On récolte. On fait des conserves. On cultive son jardin. On revient à l’essentiel.

Un étonnant roman post-apocalyptique en forme de journal intime qui se déroule lentement, inexorablement jusqu’à une issue qu’on imagine fatale…

Si j’ai beaucoup aimé cette histoire, la relation entre les deux sœurs et tout ce qui a trait à la survie, je dois bien reconnaître que la fin m’a laissé un peu perplexe et qu’il m’a manqué un je-ne-sais-quoi dans l’écriture de Jean Hegland pour être totalement séduit.

Quoiqu’il en soit, que ça ne vous empêche pas d’entrer Dans la forêt, qui sait, vous en reviendrez peut-être ?

"Même se disputer est un luxe qu'on ne peut pas se permettre 
quand sa vie entière a été réduite à une seule personne."


 Merci à Babelio et aux Éditions Gallmeister pour cette "balade" en forêt !


Les avis de Léa, Noukette, Guillome et Jérôme
ISBN 978 2 35178 142 5
304 pages
2017
23,50€

mercredi 30 novembre 2016

L'Heure de plomb - Bruce Holbert



Traduit de l'américain par François Happe

"La voie du sang est forte, mais celle de la terre l'est encore plus."

Une histoire qui commence dans la violence. Alors qu’un blizzard terrible s’abat sur l’état de Washington, deux frères, des jumeaux partent à la recherche de leur père. Luke n’en reviendra pas, seul Matt survivra, réchauffé par la maîtresse d‘école à la chaleur de son corps. Elle ne va d’ailleurs pas se contenter de le réchauffer… Ou comment grandir, trop vite, en une seule nuit.

Devenu un homme, qui plus est orphelin de père, c’est une nouvelle vie qui commence pour lui, propulsé à la tête du ranch familial. Une vie rude et âpre comme cette nature dans laquelle il évolue. C’est de cette abrupte manière que débute cette fresque familiale qui s’étend sur plusieurs décennies. Des personnages forts, plein de tempérament et de hargne,  qui font rarement dans la demi-mesure. On s’aime ou on se déchire,  bestialement, avec fureur. Là-dessus, les rapports pour le moins houleux entre Matt et Wendy sont particulièrement édifiants.

La violence, omniprésente dans cette histoire, surprend parfois tant on a du mal à la comprendre. Quelques scènes sont à jamais marquées dans mon esprit, une succession d’accouchements effroyables ou une punition plutôt radicale envers un cheval par exemple. Mais le plaisir est bien là et au fil des pages, on est ferré par l’écriture de l’auteur, pas de temps morts, un souffle épique qui donne toute sa force à ce roman d’une puissance rare.

L’heure de plomb de Bruce Holbert, un putain de bon bouquin que je vous recommande ardemment !


 Merci aux Éditions Gallmeister pour cette découverte ! 

Bruce Holbert et Marie-Anne Lacoma au Texte Libre à Gognac
ISBN 978 2 35178 116 6
374 pages
2016
24€
 

lundi 23 février 2015

Là où les rivières se séparent - Mark Spragg

Traduit de l'américain par Laurent Bury


S’aventurer dans ce livre, c’est se frotter aux grands espaces, à la nature sauvage du Wyoming. Des grandes plaines aux contreforts des montagnes rocheuses, des paysages balayés, fouettés, blessés par un élément indomptable avec lequel il faut compter, le vent auquel l’auteur consacre d’ailleurs un chapitre.

L’auteur, c’est l’américain Mark Spragg qui nous livre ce recueil autobiographique composé de ses souvenirs d’enfance et de jeunesse au cœur de cette nature qu’il nous rend proche et majestueuse en dépit de sa rudesse.

Un destin qui sous la plume de Mark Spragg devient mon destin, ton destin. Je ne lis plus, tu ne lis plus, on vit…

Tu es tout jeune mais déjà, rien ne compte plus pour toi que monter à cheval. Faire corps avec l’animal, comme un prolongement de toi-même. Savoir mener un troupeau ou guider des groupes, voilà ce qui te fait vibrer, c’est comme ça que tu te sens vivant, heureux. C’est comme ça que tu deviens un homme.

Je te revois avec ce cerf que tu apprends à dépecer, à vider de ses entrailles. Le sang qui gicle. Les éclaboussures de sang qui sèchent sur ton visage. Les boyaux qui fument dans la froideur hivernale.

Je me souviens aussi de ta nouvelle paire de bottes. Quel souvenir ! Comme tu es allé dans l’eau avec, pour aider le cuir à se faire, à prendre la bonne forme, pour ne pas te blesser les pieds. Le temps est trop précieux pour qu’on puisse se permettre de le perdre. Puis ce cheval qui te jette à terre. La paire de bottes ne fait pas le cavalier.

Et ce ranch perdu au milieu de nulle part où, plus tard, tu es allé t’isoler tout un hiver, au grand dam de ta mère. Qu’allais-tu faire tout seul dans ce désert sans âmes ? Reclus, avec tes bouquins, tu as enfin pu de te consacrer à ce qui allait devenir ton occupation future, l’écriture.

L’écriture, de la nature et de la vie, c’est bien pour ça que tu es fait Mark, Là où les rivières se séparent, c’est justement là où nos destins se rencontrent…

Rien que du bonheur...

"Je rêve du mois de janvier. Du crépuscule à 4 heures de l'après-midi. Du rythme lent et prudent de la vie par - 20°C. J'imagine que je m'envelopperai d'hiver : cinq mois de lumière vaporeuse, le délicat bruissement du froid. Et la neige. Son accumulation douce, jour après jour. La neige étouffera tous les bruits, les réduira à un murmure."

"Je suis fatigué des conversations, de la télévision, de la musique, même des rires. Je veux être dans les montagnes, me tenir contre elles, sans bruit, me réparer, intérieur comme extérieur."

"J'étais un garçon et j'étais convaincu que les chevaux étaient extralucides. J'étais sûr que rien ne leur échappait. J'étais sûr que rien ne leur échappait. J'étais sûr que, avec un cheval entre les jambes, avec mon pouls, mon sang et mon énergie alliés aux leurs, j'en voyais davantage. Que je devenais un voyant. J'étais sûr qu'ils étaient les pupilles pommelées, alezanes, rouanes, baies ou noires des yeux de Dieu."

"En vérité, je ne pense pas qu'il me soit jamais arrivé d'être serré contre Linda. je pense que nos genoux ont pu se toucher. Mais quand on a douze ans et qu'à part sa mère les seules femmes qu'on ait vu sans leur couche supérieures de vêtements se trouvent dans les pages lingeries du catalogue Montgomery Ward, le contact d'un genou retient toute votre attention."

"L'idée que ce vieillard a un jour touché une femme sans avoir à la ligoter me fait l'effet d'un serpent qui serait tombé dans le col de ma chemise."   


Une belle expérience que je dois une fois de plus à Babelio et aux Éditions Gallmeister !


Toute ressemblance...
ISBN 978 2 35178 546 1
342 pages
1999/2005
10,50€

L'avis également enthousiaste de Léa Touch Book !

dimanche 1 février 2015

Dark Tiger - William G. Tapply


Traduit de l'américain par  François Happe

C’est avec un petit pincement au cœur que je referme ce troisième et dernier opus des aventures de Stoney Calhoun après Dérive sanglante et Casco Bay. En effet, William G. Tapply est décédé en 2009, sans avoir pu donner une conclusion à cette série et aux questions qui restent en suspens. Mais que cela ne vous retienne pas de la découvrir car elle en vaut vraiment la peine et tout cela contribue finalement à entretenir une certaine part de mystère.

Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Stoney Calhoun a perdu la mémoire après avoir été touché par la foudre sept ans auparavant. Il n’a plus le moindre souvenir de sa vie d’avant même si dans certaines situations, ces réactions lui laissent imaginer quel genre de vie et surtout de métier il pouvait avoir.

Outre ce lien indéfectible qui l’unit à son chien, un épagneul du nom de Ralph, qui doit son nom à un certain Ralph Waldo Emerson, il se consacre désormais à ses deux passions. La pêche à la mouche qui l’a conduit à s’associer dans une boutique d’articles et de guides de pêche appartenant à sa partenaire, la superbe Kate, qui est devenue sa plus belle passion.

Stoney Calhoun est un solitaire, un taiseux pourtant terriblement attachant, un homme droit, un contemplatif qui aime les plaisirs simples tels que prendre une superbe truite arc-en-ciel et la remettre à l’eau ensuite, se promener avec Ralph dans les bois jouxtant sa cabane ou encore savourer un bon Coca frais sous sa véranda à la tombée de la nuit.

Cette fois, l’Homme au Costume, vestige d’un passé dont celui-ci s’assure régulièrement qu’il n’a aucun souvenir, va lui confier une mission que Calhoun est dans l’obligation d’accepter sous peine de représailles impliquant Kate. Il doit donc partir plusieurs mois à Loon Lake Lodge, sorte de lieu de pêche de luxe pour clientèle huppée, résoudre un double meurtre sans donner la moindre explication à Kate qui le prend évidemment très mal.

Je ne vous en dirai pas plus si ce n’est que cette enquête est de facture classique mais néanmoins efficace et extrêmement prenante avec de beaux moments de tensions, ceci sans effets spectaculaires ou poursuites infernales. Si ce n’est qu’on découvre un Calhoun tiraillé entre son envie de dire la vérité à Kate, qui lui manque, et son obligation de se taire. Un Calhoun qui ne s’en laisse pas conter même quand une jeune femme tente de de le séduire et de s’introduire dans sa couche…

Inutile de vous dire que j’ai savouré cette lecture. J’aime ce héros crée par William G. Tapply. J’aime sa complicité avec Ralph, amusante et attendrissante. J’aime son amour plein de tendresse pour Kate. J’aime sa façon d’appréhender le monde, sa façon de relativiser. J’aime quand il se régale en écoutant le bruissement du vent dans les arbres assis sous sa véranda. J’aime quand son regard croise le regard d’une biche dans la pénombre d’un sous-bois. J’aime quand il dégote le meilleur endroit d’une rivière pour prendre de belles truites avec une mouche Dark Tiger de sa fabrication…



"- Ne me dis pas que ce n'est pas mon problème, dit Calhoun. Ça me blesse. Toi et moi, on a dépassé ça. Tu as un problème, ça veut dire que j'ai un problème. C'est ça, aimer quelqu'un."

"- [....] Comme l'a dit Lee Wulff, un gros poisson est quelque chose de trop précieux pour n'être attrapé qu'une seule fois." 

"- Va falloir que tu restes ici pour garder la voiture, dit Calhoun à Ralph.
Ralph le regarda, puis détourna la tête. . Il comprenait le mot "rester" et il n'aimait pas être laissé seul."

"Il se versa une tasse de café, qu'il prit avec lui sur la terrasse, et s'assit dans un fauteuil en bois. Ralph le suivit et se coucha près de lui. Calhoun tendit le bras et gratta le haut du crâne de son chien.
- J'aurais préféré ne pas avoir à faire ça, dit-il.
Ralph ne répondit pas.
- Bon, il faut le faire, poursuivit Calhoun. Je suis content que tu viennes avec moi, en tout cas."
 

 

Merci une fois de plus aux Éditions Gallmeister pour ce voyage !


  Challenge "thrillers & polars" chez Canel


ISBN 978 2 35178 5485 
308 pages 
2009 / 2015 
10€ 
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