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lundi 7 décembre 2020

Karoo - Steve Tesich

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Anne Wicke

"Je savais qu'il mentait, au son de sa voix. Les mensonges avaient toujours leur petite mélodie, que je reconnaissais fort bien pour l'avoir souvent chantée moi-même."

C’est un GROS coup de cœur que je viens d’avoir pour Karoo, le roman de Steve Tesich chez Monsieur Toussaint Louverture, et surtout pour Saul Karoo son héros. Son anti-héros plutôt.

Alcoolique n’arrivant plus à connaître l’ivresse, fumeur invétéré, affabulateur né, lâche. Tout pour plaire, non ? Tout à la fois pathétique, pitoyable et néanmoins attachant.

Handicapé affectif ? Handicapé émotionnel ? En tout cas handicapé des relations humaines notamment avec son fils qu’il aime sans pouvoir même supporter ne serait-ce que devoir échanger quelques mots avec lui. Peur de le décevoir ? Allez savoir…

Ah oui, Karoo est « script doctor », il retravaille des scénarios bancals pour Hollywood. Si être lui-même lui est insupportable, par contre à se glisser dans les mots d’autrui, ça il excelle. L’art de s’épanouir dans des réalités alternatives…

Maladresse dans ses relations aux autres, amour des mots, des films, allez savoir pourquoi je l’aime autant… 600 pages puissantes savourées avec la même délectation que je sirote une bonne rasade de rhum !

"Aussi ironique que cela puisse paraître, malgré mes nombreuses maladies, mon surnom, dans le métier, c'est Doc.
Doc Karoo."

ISBN 9782953366495
608 pages
1998/2012
22€ 
 

lundi 16 novembre 2020

Anne de Green Gables - Lucy Maud Montgomery

Traduit de l'anglais (Canada) par Hélène Charrier

"Le matin, je me dis toujours que les matinées sont ce qu'il y a de mieux, mais quand vient le soir, je trouve le crépuscule encore plus beau."

Je dois bien reconnaître que je ne pensais pas apprécier autant cette histoire. Si j’ai d’abord eu envie de la découvrir, c’est avant tout grâce au travail de Monsieur Toussaint Louverture, éditeur passionné, qui a l’art de sublimer chacune de ses publications. Oui, c’est avant tout l’objet livre qui m’a attiré. Une couverture magnifique aux teintes automnales et reflets irisés, une silhouette frêle et néanmoins déterminée tournée vers un avenir qu’on imagine radieux. Au cœur d’une nature rassurante, les branches enveloppantes de cet arbre comme un ami sur qui s’appuyer… Je ne m’attarderai pas sur la reliure, le grain du papier, la police d’impression, tous traités avec un soin infini. Un soin et une attention qu’elle mérite bien cette petite Anne de Green Gables.

Pour continuer à être honnête, je redoutais une histoire un peu mièvre et par trop simpliste même si je n’ai rien contre ce genre d’histoires de temps à autre. Et puis finalement, le charme a opéré. D’emblée, je me suis attaché à Anne. Jeune orpheline canadienne recueillie par un frère et une sœur, Matthew et Marilla Cuthbert. Les choses commencent mal puisqu’ils attendent un garçon capable d’aider à la ferme. Anne n’est donc pas la bienvenue. Mais très vite, sa personnalité va faire oublier la déconvenue. Comme les Cuthbert, on oublie qu’elle est atrocement bavarde et on se laisse attendrir par son enthousiasme, sa bienveillance, sa joie de vivre, son énergie, son intelligence, son piquant, sa détermination, sa façon unique de voir le monde, son imagination débordante et surtout son incroyable sens de la poésie.

Et c’est bien cet art de relever la poésie en toute chose, cette façon de poétiser le monde, qui a su me toucher au cœur. Je me suis laissé emporter par la plume de Lucy Maud Montgomery, fluide et moderne, la nouvelle traduction d’Hélène Charrier n’y est sans doute pas étrangère.

Au-delà de l’aspect littérature jeunesse un peu surannée, Anne de Green Gables se révèle finalement être une histoire romantique et bienveillante mais Anne est avant tout une héroïne déterminée et définitivement féministe. 

Un bel écrin pour une belle histoire à offrir ou à s’offrir, pour faire plaisir ou se faire plaisir, mais quoiqu’il en soit, laissez Anne de Green Gables glisser un peu de poésie dans votre vie…

 

 

ISBN 9782381960081
384 pages
2020
16,50€


lundi 18 janvier 2016

Alcoolique - Jonathan Ames & Dean Haspiel



"Je vomis presque à chaque fois. C'est comme de la boulimie mais avec l'alcool."
 
Ce jour-là, Jonathan A. refait surface à l’arrière d’une voiture qu’il ne connait pas, en compagnie, d’une vieille dame, naine, qui en veut à son entrejambe ! Le réveil est brutal et pour le moins déstabilisant. Comment a-t-il bien pu en arriver là ? Le malaise est à son comble quand la police frappe aux carreaux. Profitant d’un instant de confusion, Jonathan A. prend la fuite et se réfugie sous un ponton en bordure de mer. Il s’enterre, seule sa tête dépasse du sable, espérant ainsi échapper à la police.

La situation, si elle est inconfortable, s’avère propice à un nécessaire moment d’introspection. Nous voilà embarqués dans les pensées du héros qui nous fait découvrir sa vie, ses années à la fac, ses premières cuites chaque weekend, ou sa découverte de Las Vegas Parano d’Hunter Thompson qui va lui donner l’envie de devenir écrivain. Un écrivain influencé par des auteurs tels que Chandler, Hammett, Fitzgerald ou Hemingway, et surtout un écrivain sous une autre influence, terrible celle-ci, celle de l’alcool…

"Mon égo voulait que je sois un de ces écrivains gros buveurs, un mythe. Mais je dois me rendre à l'évidence, il n'y a rien de grandiose dans mon alcoolisme."


C’est un vrai coup de cœur de j’ai eu pour ce premier roman graphique publié aux éditions Monsieur Toussaint Louverture. J’irai même plus loin en disant qu’Alcoolique donne tout son sens au roman graphique. 

Je m’explique. Le texte est vraiment riche et fort. L’histoire est à la fois touchante et pleine d’humour. Jonathan Ames donne une vraie profondeur à son histoire et à son double littéraire, un certain Jonathan A. Toute ressemblance n’est pas fortuite et confère une vraie authenticité à son héros. De plus, il fait preuve d’une autodérision féroce à ses dépens et évite ainsi tout pathos en dépit du sujet. Il nous fait partager son alcoolisme, ses problèmes de côlon irritable, ses piètres performances sexuelles et ses histoires d’amours foireuses sans jamais plomber son récit, bien au contraire.

Le noir et blanc de Dean Haspiel illustre parfaitement le propos de l’auteur et la ressemblance avec entre Jonathan Ames et son double est saisissante.

J’en termine avec le livre lui-même, un objet magnifique, une couverture cartonnée et toilée, d’un rouge superbe, couleur d’un bon Bordeaux, qui nous montre un homme et son ombre, ambrée comme le serait un bon whisky, buvant comme pour laisser entendre que cet homme n’est plus que l’ombre de lui-même. 

Alcoolique, le récit d’une inexorable dérive qui ne tombe jamais dans le pathétique…



"La clé pour écrire, c'est de trouver le sujet qui vous tient à cœur."

"Et puis un jour, je lis LAS VEGAS PARANO de Hunter S. Thompson, et quelque chose se met à germer dans mon esprit : le fantasme de devenir écrivain."

"Je n'ai réussi à lui faire l'amour à peu près correctement qu'une seule fois, dans ma Dodge. Et encore, c'était sans doute plus dû à l'inclinaison du siège qu'à mon self control."

"Connaissez-vous ce proverbe ? "Au premier verre, l'homme boit le vin. Au deuxième, le vin boit le vin. Au troisième, le vin boit l'homme.""

"Voilà que le monde s'effondre et je n'ai même pas le courage de m'abstenir de boire."



  

Les avis de Jérôme, Mo' et d'autres avis sur Babelio !   
ISBN 9791090724181
144 pages
2008/2015
22€ 

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