"Je vomis presque à chaque fois. C'est comme de la boulimie mais avec l'alcool."
Ce jour-là, Jonathan A. refait
surface à l’arrière d’une voiture qu’il ne connait pas, en compagnie, d’une
vieille dame, naine, qui en veut à son entrejambe ! Le réveil est brutal et
pour le moins déstabilisant. Comment a-t-il bien pu en arriver là ? Le
malaise est à son comble quand la police frappe aux carreaux. Profitant d’un
instant de confusion, Jonathan A. prend la fuite et se réfugie sous un ponton
en bordure de mer. Il s’enterre, seule sa tête dépasse du sable, espérant ainsi
échapper à la police.
La situation, si elle est
inconfortable, s’avère propice à un nécessaire moment d’introspection. Nous
voilà embarqués dans les pensées du héros qui nous fait découvrir sa vie, ses
années à la fac, ses premières cuites chaque weekend, ou sa découverte de Las Vegas Parano d’Hunter Thompson qui va lui donner l’envie de devenir écrivain. Un
écrivain influencé par des auteurs tels que Chandler, Hammett, Fitzgerald ou
Hemingway, et surtout un écrivain sous une autre influence, terrible celle-ci, celle
de l’alcool…
"Mon égo voulait que je sois un de ces écrivains gros buveurs, un mythe. Mais je dois me rendre à l'évidence, il n'y a rien de grandiose dans mon alcoolisme."
C’est un
vrai
coup de cœur de j’ai eu pour
ce premier roman graphique publié aux
éditions Monsieur Toussaint Louverture. J’irai
même plus loin en disant qu’
Alcoolique donne
tout son sens au roman graphique.
Je m’explique. Le texte est
vraiment riche et fort. L’histoire est à la fois touchante et pleine d’humour. Jonathan Ames donne une vraie
profondeur à son histoire et à son double littéraire, un certain Jonathan A. Toute
ressemblance n’est pas fortuite et confère une vraie authenticité à son héros. De
plus, il fait preuve d’une autodérision féroce à ses dépens et évite ainsi tout
pathos en dépit du sujet. Il nous fait partager son alcoolisme, ses problèmes
de côlon irritable, ses piètres performances sexuelles et ses histoires d’amours
foireuses sans jamais plomber son récit, bien au contraire.
Le noir et blanc de Dean Haspiel illustre parfaitement le
propos de l’auteur et la ressemblance avec entre Jonathan Ames et son double est saisissante.
J’en termine avec le livre
lui-même, un objet magnifique, une couverture cartonnée et toilée, d’un rouge
superbe, couleur d’un bon Bordeaux, qui nous montre un homme et son ombre, ambrée
comme le serait un bon whisky, buvant comme pour laisser entendre que cet homme
n’est plus que l’ombre de lui-même.
Alcoolique, le récit d’une inexorable
dérive qui ne tombe jamais dans le pathétique…
"La clé pour écrire, c'est de trouver le sujet qui vous tient à cœur."
"Et puis un jour, je lis LAS VEGAS PARANO de Hunter S. Thompson, et
quelque chose se met à germer dans mon esprit : le fantasme de devenir
écrivain."
"Je n'ai réussi à lui faire l'amour à peu près correctement qu'une seule
fois, dans ma Dodge. Et encore, c'était sans doute plus dû à
l'inclinaison du siège qu'à mon self control."
"Connaissez-vous ce proverbe ? "Au premier verre, l'homme boit le vin. Au deuxième, le vin boit le vin. Au troisième, le vin boit l'homme.""
"Voilà que le monde s'effondre et je n'ai même pas le courage de m'abstenir de boire."
ISBN 9791090724181
144 pages
2008/2015
22€