mercredi 15 avril 2015

L'Enfer en bouteille - Suehiro Maruo



Échoués sur une île déserte, un frère et une sœur vont grandir rongés par la solitude et être gagnés par le trouble de leurs deux corps qui changent… Un saint homme en proie à ses démons intérieurs… Un homme radin à en mourir... Une sœur contrainte au pire pour protéger son petit frère lourdement handicapé du monde extérieur en général et d’un proche en particulier…

Manga composé de quatre histoires courtes, L’Enfer en bouteille est ma première incursion dans l’univers de l’ero-guro (érotique-grotesque), un univers qui peut surprendre tant le mélange de violence et de sexe est d’une noirceur absolue. 

Suehiro Maruo s’amuse avec les règles de la bienséance et de la bien-pensance pour mieux en repousser les limites ou comment brouiller les frontières entre le bien et le mal. Ici quid de l’amour ? Le sexe engendre voyeurisme et perversion, il n’est envisagé que comme monnaie d’échange et au « mieux », il est incestueux. La violence, la souffrance et l’abandon sont omniprésents. Les fratries comme l’image de la famille sont sacrément malmenées.

Au niveau du graphisme, le contraste entre certains décors paradisiaques et la noirceur de ce qui s’y déroule est d’autant plus saisissant. Les dessins passent d’un réalisme enchanteur à une crudité animale et flirtent parfois avec le surréalisme, sans parler du gros clin d’œil à Dali. 

Suehiro Maruo signe une œuvre surprenante et dérangeante qui plaira ou rebutera mais ne laissera aucun lecteur indifférent. Mœbius qui l’a fait connaitre en France en parle en ces mots : « Maruo se conduit comme un artiste, comme un Rimbaud. Il est dressé avec une telle violence et une telle fierté sur les ruines de son âme. Et, en plus, il en est extrêmement conscient et se met en relation avec ses frères de la tradition littéraire européenne et de l’érotisme noir, Bataille et Sade. Il associe sa souffrance à la souffrance planétaire. » 

En bulles et en cases mais surtout L’Enfer en bouteille, à l’ombre de nous-mêmes…



"Un vrai roman graphique comme je les apprécie, la poésie onirique de Jirô Taniguchi en moins mais la perversité de Suehiro Maruo en plus."  Le Bison

.•ั๑


   Merci à Priceminister et aux Éditions Sakka/Casterman.

Ma note:15/20

Pour acheter ce livre, cliquez ICI !

Éditions Sakka
ISBN 978 2 203 08143 7
194 pages
2012/2014
 

mardi 14 avril 2015

Demain je t’écrirai encore, Lettres de jeunesse de grands écrivains

Lettres rassemblées et présentées par Marie-Ange Spire


C’est en passant sur le blog de Faelys, que je suis tombé sur ce petit livre plein de promesses, Demain je t’écrirai encore, Lettres de jeunesse de grands écrivains, un petit livre destiné aux nouveaux programmes de 4ème si j’en crois la couverture. Si je suis loin d’être le cœur de cible, je me suis régalé à lire ces quelques lettres d’écrivains en devenir qui ont approximativement entre onze et vingt ans au moment où ils les rédigent.

On découvre une jeune George Sand de dix-sept ans déjà très concernée par la condition des femmes et bien décidé à exprimer un désaccord à sa mère avec respect mais surtout une étonnante détermination. On découvre un Jean Cocteau plein d’humour, un Freud plein d’assurance quitte à paraître immodeste, un Mallarmé transi d’un amour qu’il exprime magnifiquement à la jeune fille concerné, un Proust qui semble déjà bien angoissé et beaucoup d’autres dont Balzac, Stendhal, Verlaine ou Rimbaud.

Preuve que même les plus grands auteurs n’ont pas toujours été infaillibles, ces lettres sont reproduites telles qu’elles ont été rédigées avec parfois une orthographe ou une conjugaison approximatives. Lettres aux parents, confidences, missives enflammées ou rêves de gloire, elles sont autant le reflet d’une époque qu’une source d’informations sur chacun de leurs expéditeurs.

A la fin de l’ouvrage, Marie-Ange Spire dans son Carnet de lecture, nous présente une brève histoire des lettres, un petit inventaire des lettres et nous rappelle l’importance de la correspondance d’un écrivain pour mieux comprendre son œuvre et le processus de création. Une synthèse brève mais néanmoins intéressante.

A l’heure du mail, aura-t-on beaucoup de traces de correspondances de nos auteurs actuels ?

 


Extrait d'une lettre de Jean Cocteau à sa mère:

"De doux rêves m'ont visité cette nuit mais malheureusement aussi les puces, chose qui m'a occasionné d'amères réflexions sur la Bretagne en général et les Bretons en particulier. Couvert de ces traces d'animaux j'ai gardé à leur égard une rage sereine selon la loi des disciples... d’Épicure (c'est le cas de dire)."


L'avis de Faelys
ISBN 978 2 07 065887 9
131 pages
2015
5,60€


dimanche 12 avril 2015

Instant poésie...


Éphémères

Les pétales de printemps

Virevoltent dans les airs

Éphémères

Comme des flocons de neige

Chassant le rude hiver


(A&E©)

Cherry blossom by Hitomi ©


jeudi 9 avril 2015

Ciné - Hasta la vista ! - Geoffrey Enthoven (2011)



Hasta la vista est une comédie dramatique du belge Geoffrey Enthoven. Un road movie étonnant dans lequel on suit trois amis d’une vingtaine d’années, Josef, Lars et Philip, bien décidés à perdre leur virginité coûte que coûte. Ils sont d’ailleurs prêts à y mettre le prix et à aller jusqu’en Espagne pour ça. Pourquoi aller si loin me direz-vous ? Tout simplement parce qu’à Punta Del Mar se trouve un établissement « spécialisé » où ils pourraient enfin voir leur vœux exaucé… Ah oui, j’allais oublier de vous dire que Josef est non voyant, Lars est en fauteuil roulant et Philip, tétraplégique, se déplace également en fauteuil roulant.

Ils exposent leur projet à leurs parents respectifs qui ne voient évidemment pas cette expédition d’un très bon œil et on les comprend. Ils décident donc de partir dans le plus grand secret à bord d’un van adapté conduit par une certaine Claude, femme d’un abord un peu rude. Le voyage qui va également être l’occasion de faire la route des vins ne s’annonce pas vraiment sous les meilleurs auspices…

S’attaquer à un sujet aussi tabou que la sexualité des handicapés, il fallait oser et le pari est amplement réussi. En dépit de son aspect très réaliste, on est très loin de l’univers aseptisé d’Intouchables, Geoffrey Enthoven réussit un film grave tout en étant tendre et surtout bourré d’humour. On rit vraiment, il est important de le souligner. Les personnages sont attachants mais authentiques avec leurs douleurs, leurs blessures à vif, leurs angoisses et leurs moments de décompression.

De même, la douleur et les angoisses des parents ne sont pas occultées ou minimisées sans alourdir le récit. Contrairement à ce qu’on pourrait craindre avec un tel sujet, à aucun moment, le film n’en rajoute dans le pathos et les acteurs sont étonnants de justesse. Si certaines scènes, notamment sur la fin, sont un peu attendues, Hasta la vista n’en reste pas moins un excellent film, que j’ai pris plaisir à découvrir et dont je me souviendrai longtemps.

Derrière l’envie bien légitime de sexe, se cache avant tout l’envie d’aimer et d’être aimé… Hasta la vista !



 
Départ imminent...


 Film vu dans le cadre du festival CINEMaCTION pour les droits de l'homme.


 

mercredi 8 avril 2015

Chien Pourri à Paris - Colas Gutman & Marc Boutavant




Samedi, alors que je faisais un tour dans ma librairie préférée, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un nouvel opus des aventures de Chien Pourri intitulé Chien Pourri à Paris. Inutile de vous dire que je suis reparti avec !

C’est à l’occasion d’une partie de « Monopourri », le célèbre jeu de société, à laquelle se livrent Chien Pourri et Chaplapla, du fond de leur poubelle, que ce dernier fait part à son ami de son envie de découvrir Paris. Et c’est bien entendu à bord d’un camion poubelle qu’ils montent à la capitale ! A eux la tour Eiffel, la Joconde, les bateaux-mouches, Les Folies-Ménagères et les petites femmes de Paris !

Arrivés Place du Tartre à Montmartre, ils font la connaissance d’un pauvre gamin désœuvré qui a perdu ses parents. Les deux amis vont donc tenter de l’aider à les retrouver. Une quête qui va les conduire dans différents lieux emblématiques de la ville lumière, l’occasion pour eux de prendre le Métropolichien, de gravir les marches de la tour Eiffel, d’admirer les toits de Paris, de croiser un guide nommé Aristide Bruyant et même une certaine Mona Lisa…

Dans cette nouvelle aventure, on pourra regretter quelques clichés et le côté Paris de carte postale, même si la carte postale est un largement assombrie, codes liés à l’univers de Chien Pourri obligent. Jeux de mots divers et humour sont cependant au rendez-vous et ne manqueront pas de vous faire sourire. 

Chien Pourri à Paris, Pourri sera toujours Pourri…


Et une photo floue dont j'ai le secret, une...


"Chien Pourri se sent aussi triste que le jour où on lui avait refusé l'entrée de la déchetterie parce qu'il était trop sale." 


ISBN 978 2 211 22078 1
  77 pages
2015
8,00€

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