lundi 6 avril 2020

Einstein, le sexe et moi - Olivier Liron


« J’ai dû entendre dix mille fois les gens m’appeler gogol. À l’école, et surtout au collège, les enfants différents souffrent le martyre. C’est déjà le pouvoir hideux et haineux de la norme. Aujourd’hui encore, quand j’entends à la radio les « normaux », ceux qui ont le pouvoir de la norme, de dicter la norme, de faire la norme, les politiciens et les financiers, les humoristes pas drôles, les haineux de tous bords, j’ai envie de les déchiqueter avec les dents. Pour leur montrer de quel bois on se chauffe, nous les gogols. » 

Une sombre et froide fin de journée d’hiver dans « la grande maison » chez Tonton Louis et Tante Madeleine (non trempée dans du Coca). « C’est l’heure des Champions ! » 

Plus qu’une habitude, un rituel. Tonton Louis calé dans le canapé. Tante Madeleine (toujours non trempée dans du Coca ! En a-t-elle déjà bu d’ailleurs ? Il faudra que je me renseigne…) assise sur le seuil de la cheminée, le dos chauffée par les flammes qui lèchent avec gourmandise les vitres de l’insert. Le monde peut bien s’arrêter de tourner. Plus rien ne compte. La musique du générique retentit, ça commence : Question pour un champion !

Si on m’avait dit que plus de trente ans plus tard, je lirai un roman ayant pour cadre ce jeu, je ne l’aurai pas cru et pourtant, quel roman ! 

Einstein, le sexe et moi, c’est l’histoire d’Olivier, Olivier Liron l’auteur, et de sa participation à Question pour un champion, le célèbre jeu de France 3 animé par l’unique et l’irremplaçable Julien Lepers (Ah ben si, finalement…), musicien contrarié qui trouvera la reconnaissance (et la fortune ?) à travers ce jeu quotidien.

Un roman qui se lit d’une traite tant on est pris par l’écriture et le sens du rythme de l’auteur. La dramaturgie importante du jeu est elle-même propice à générer une certaine tension narrative. L’auteur y combine habilement des éléments de son existence, des nombreuses difficultés liées à son autisme et à son rapport à l’autre. Ses remarques, ses analyses, son sens critique, son sens comique et ses déboires sexuelo-sentimaux nous émeuvent encore plus qu’ils nous amusent. 

Olivier Liron s’y révèle aussi fin que drôle et attachant. L’adhésion à son histoire se fait donc avec une indéniable jubilation. 


« Il avait les yeux perdus dans le vague comme Patrick Poivre d’Arvor sur la couverture de ses romans. »

« Dès la naissance on ne le sait pas encore, mais il n’y a plus qu’à attendre la mort en essayant d’être tendre avec soi, le plus tendre possible, aimant avec les autres, le plus aimant possible, et révolté contre tout le reste. Il suffit de le comprendre pour que la vie devienne une fête.

« Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. »

L'avis du Bison
ISBN 978 2 36279 287 8
200 pages
2018
18€
  

samedi 4 avril 2020

Le Juke-box du samedi - Alors C'est Quoi [ Les Rita Mitsouko ]



La chanson est sortie en l’an 2000. Pendant toute mon enfance, ma mère m’avait prédit pour l’an 2000, la fin du monde… « Juste la fin du monde ». J’ai grandi avec cette idée-là, mais rien de tel n’est arrivé en l’an 2000. Enfin si ! La sortie de cette chanson simple mais efficace, cette chanson pleine de joie, d’espoir et de punch !

« Alors C'est Quoi que j'appelle 
C'est la joie, c'est elle 
Que les émois étincellent 
Et s'entremêlent encore nos voix. »

Et pendant cette période de confinement, le clip prend un sens nouveau pour moi. Je m’identifie à cette boule violette qui navigue dans les airs en toute liberté, je me prends même à aimer les ronds-points que je trouve si absurdes d’ordinaire. Je me prends à aimer les magasins de meubles qui ne vendent jamais celui dont j’ai besoin. Je me prends à aimer les pylônes électriques que je trouve pourtant si laids d’habitude ; et même les quartiers résidentiels qui sont pourtant sinistres.

Depuis 1984 et la sortie de « Marcia Baïla », Catherine Ringer et Fred Chichin, ont enchanté mon quotidien et ils continuent encore en 2020 ! Alors c’est quoi ? De la magie, de l’alchimie, de la biochimie ? Alors, c’est quoi ?

« réponds moi encore, montre toi
réponds moi encore, et encore
et encore, encore une fois. »

Les Rita Mitsouko, Alors C'est Quoi (2000)

lundi 30 mars 2020

La Daronne - Hannelore Cayre



Patience Portefeux, la cinquantaine, veuve. Profession : interprète et traductrice pour le Ministère de la Justice. Une situation enviable à première vue, sauf que pas de bulletins de salaire et pas de retraite, le ministère paye au black !

L’avenir s’annonce compliqué. Surtout quand on a deux filles déjà grandes et une mère acariâtre placée dans un EHPAD qui coûte évidemment un bras.

Alors, à force de retranscrire des écoutes téléphoniques de dealers et de petits trafiquants pas toujours très futés, elle se dit qu’elle aussi pourrait bien, elle aussi, prendre sa part du gâteau…


Voilà un excellent polar social, politique, féministe, porté par un style direct, concis, vif, percutant et drôle mais surtout qui sonne juste.

C’est remarquable d’intelligence avec un regard fin et acéré sur des sujets de société actuels qui donne de belles pages sur la drogue, le racisme ou encore la vieillesse.

Le film devait sortir ces jours-ci avec Isabelle Huppert dans le rôle principal. J’ignore si Hannelore Cayre a pensé à elle en écrivant son livre mais tout au long de ma lecture, j’avais l’impression d’entendre la comédienne tant le personnage semble avoir été écrit pour elle.

La sortie du film est retardée alors en attendant lisez absolument ce livre, La Daronne, c’est de la bombe !

Grand prix de littérature policière 2017
Prix Le Point du polar européen 2017

ISBN 9782757882917
192 pages
2017/2020
6,60€




samedi 28 mars 2020

Le Juke-box du samedi - L'Indien [ Juliette Armanet ]



Je traversais le Far West, seul, sur mon cheval fougueux, depuis des jours, des mois, des années, sans d’autres buts que de chevaucher, à l’envi, vers l’infini. Sous une épaisse couche de poussière, on distinguait à peine ma barbe, mes bottes et ma capote. Depuis longtemps déjà, mon chapeau ne faisait qu’un avec ma tête et mes cheveux crasseux. Mes éperons muets sous la boue séchée ne tintaient plus jamais, seule ma monture semblait encore en vie.

Soudain, sous le soleil, je vis un fier cavalier qui fendait l’horizon. Face à moi si terne et si crotté, tout en lui luisait : son œil, sa peau, sa chevelure. Était-il sioux, comanche, apache ou bien cheyenne ? Je n’en savais foutre rien mais il a changé ma vie. Je me suis décrotté, dépoussiéré et je me mis à mon tour à briller quelque peu, autant que faire se peut. Lui, c’est l’indien, le seul être humain qui a réussi à me rendre ma fougue, à me dompter un peu… Lui, c’est l’indien et moi le cow-boy. Et depuis lors, nous chevauchons côte à côte, sans penser à demain.

"Flèche en opale dans mon ovale
Tout m'étale au visage pale
Drôle de fleur
Un indien dans mon cœur
C'est lui
Oui, c'est lui
Oui, c'est lui
Un indien pour la vie"

Juliette Armanet, L'Indien (2017)

lundi 23 mars 2020

Couleurs de l'incendie - Pierre Lemaitre & Christian De Metter

Madeleine Péricourt a épousé Gravelle. Mais dans la famille Péricourt, personne ne se fait d’illusions sur ce héros des tranchées reconverti dans les affaires douteuses. Quand celui-ci doit répondre de ses malversations, personne ne veut lever le petit doigt. Ce vieux roublard de Péricourt a tout prévu pour protéger sa fille si cela tournait mal. Madeleine Péricourt n’attend plus rien de cet époux infidèle : elle va devenir mère, élever on enfant.

Quand Madeleine perd son père, elle perd aussi la sécurité. Elle tombe tour à tour dans tous les pièges tendus par les vautours qui l’entourent. Elle connait la ruine, le déclassement, l’humiliation. Mais elle va rebondir. Lentement, méthodiquement, elle va ourdir un plan, une machination digne des plus grands espions de l’Histoire pour faire tomber un à un tous les gens qui lui ont fait du mal.

Il ne s’agit pas d’un livre d’Histoire, ni d’un thriller, ni d’une saga familiale, mais c’est tout à la fois. On flirte avec tous les genres avec délice, avec délectation même. Cette suite d’« Au-revoir là-haut » est un bijou, un diamant brut taillé dans le machiavélisme et l’esprit de vengeance. Le scénario implacable nous tient en haleine, de sorte qu’on ne lâche ce roman graphique qu’une fois qu’on l’a terminé. L’adaptation au cinéma ne fait pas l’ombre d’un doute !

ISBN 97823699815006
164 pages
2020
24€

samedi 21 mars 2020

Le Juke-box du samedi - Je sais pas danser [ Pomme ]



Il se peut que Pomme ne sache pas danser, mais ce qui est certain c’est qu’elle sait au moins chanter. J’aime sa voix chaude et profonde. J’aime ce son un peu rock et un peu folk. J’aime quand elle écrit sur nos doutes, nos fêlures, nos failles, nos failles, nos failles.

A 23 ans, elle chante déjà depuis 4 ans. Même si elle est auteure-compositeure-interprète, elle a coréalisé son album « Les Failles » avec Albin de la Simone. Elle est aussi musicienne et ses instruments de prédilection sont la guitare et l’autoharpe. Pomme vient de remporter une victoire de la musique bien méritée dans la catégorie « album révélation ». La cérémonie a eu lieu le soir de la Saint Valentin. Ça ne vous donne pas envie de croquer la pomme ?

« Je vois mon corps partout
Je le compare surtout
Et tu vas pas me croire
J'ai fait le même cauchemar
Je n'veux pas sortir
Je n'veux pas me découvrir
Des failles, des failles
Des failles, des failles »

Pomme, Je sais pas danser (2019)

mercredi 18 mars 2020

Au revoir là-haut -Pierre Lemaitre & Christian De Metter

Dans les derniers jours de la grande guerre, quelques poilus pèsent leur chance inouïe d’être encore en vie… C’est sans compter sur les ordres idiots d’un supérieur idiot, le capitaine Gravelle, qui va amener deux amis à charger sous le feu de l’ennemi. Entre le ciel noir et la boue des tranchées. Il pleut des obus. Un obus va ensevelir Maillard vivant et un autre va emporter la mâchoire de Péricourt. 

Pour s’en sortir, les deux amis vont se soutenir l’un l’autre, réinventer leur vie, trouver leur place dans ce monde post-apocalyptique. Quand Péricourt cache son visage détruit, ruiné, béant sous des masques baroques, on ne sait pas si on doit rire ou pleurer, on navigue entre onirisme et triste réalité. Une fois démobilisés, tous se lancent dans les affaires. Dans le chaos, chacun y va de son escroquerie sur le dos des morts pour la France ! Où les mènera leur sens particulier du patriotisme ? Vous le saurez en vous plongeant dans ce beau roman graphique adapté du roman de Pierre Lemaitre, étonnant, différent, marquant.

ISBN 978236981192
176 pages
2015
22,50€
 

samedi 14 mars 2020

Le Juke-box du samedi - Ton Héritage [ Benjamin Biolay ]



Cette chanson me fait penser à l’héritage que tu ne laisseras pas à tes enfants. Si tu aimais compter les hirondelles sur le fil électrique, écouter les coucous chanter au fond du pré, et courir la campagne jusqu’à la nuit tombée ; si tu aimais l’odeur de la pluie en été, si t’aimais voir les feuilles rougeoyer en automne, et sortir les marrons de leur bogue, étonnés, si tu aimais l’odeur d’humus dans la forêt ; si tu aimais marcher sur les flaques d’eau gelée, si tu aimais glisser sur les pentes enneigées, si tu aimais pisser sur la neige en hiver. Si tu aimais cela, oui si t’aimais tout cela, je crains fort que demain tu ne puisses laisser, léguer à tes enfants que des débris, des cendres et puis du vent. Et pour tout testament, tu laisseras un papier blanc. Je crains fort que l’héritage que tu laisseras à tous tes descendants ne soit pas très reluisant. Alors, en attendant la fin, la fin du monde enfin, écoute cette chanson : 

"Si tu aimes les soirs de pluie
Mon enfant, mon enfant
Les ruelles de l'Italie
Et les pas des passants
L'éternelle litanie
Des feuilles mortes dans le vent
Qui poussent un dernier cri
Crie, mon enfant"

Benjamin Biolay, Ton Héritage (2009)
 
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