jeudi 1 décembre 2016

Le Ciné-Club de Potzina : Cézanne et moi - Danièle Thompson (2016)




Pour le Ciné-Club de Potzina de novembre, j’ai proposé le thème « Lumières d’artistes » histoire de rendre ce mois, synonyme de grisaille, plus lumineux et coloré encore que ne le sont les arbres en cette saison, quand il leur reste des feuilles bien entendu. Et donc plutôt que de vous parler d’un film vu de longue date, c’est tout naturellement que j’ai décidé d’évoquer un film sorti en septembre de cette année : Cézanne et moi.

Les critiques n’ont globalement pas été tendres avec ce film, je vous laisse vous faire votre propre opinion, voici la mienne… 


Cézanne et moi raconte l’amitié, houleuse, entre deux grands artistes français, le peintre Paul Cézanne et l’écrivain Émile Zola. Les deux hommes se sont connus enfants à Aix en Provence et sont restés en contact toute leur vie en dépit de leur brouille qui est au cœur même de ce film.

Alors que Cézanne nait dans une famille aisée, ce n’est pas le cas de Zola et contre toute attente, leur destin va évoluer inversement. Zola, va réussir socialement grâce à ses talents d’écriture alors que Cézanne aura toutes les peines du monde à voir reconnaitre son talent.

C’est le roman de Zola, L’Œuvre publié en 1886 qui va semer la discorde entre les deux hommes. Dans ce quatorzième volume des Rougon-Macquart, Zola dépeint l’existence d’un peintre tourmenté par les affres de la création. Comme toujours chez Zola, tout y est plus noir que rose. Cézanne croit se reconnaitre dans le personnage de Claude Lantier et accepte mal le portrait brossé par son ami. La fin du film nous apprendra que les intentions de l’auteur étaient sans doute moins simplistes que ça…


https://linfotoutcourt.com/


Amateurs d’impressionnisme et de la plume de Zola depuis mon adolescence, c’est tout naturellement que j’ai lu L’Œuvre à cette époque. Admiratif du travail de Claude Monet déjà, c’est plus lui que je recherchais à cette époque dans ma lecture dont je garde un souvenir lointain, je dois bien le reconnaitre. N’en reste pas moins que j’ai beaucoup aimé me replonger dans cette ambiance et cette époque.

Si la réalisation de Danièle Thompson est plutôt classique, un grand soin est apporté à la reconstitution des décors et des costumes. On a parfois le sentiment de voir certains personnages surgir d’un tableau impressionniste. L’intérieur petit-bourgeois des Zola est carrément étouffant et souligne encore davantage le dénuement de Cézanne.

Si j’ai apprécié la composition et le changement physique de Guillaume Gallienne que j’adore, je suis plus réservé quant à son accent mais ça n’a pas gâché mon plaisir. Par contre, j’ai été bluffé par la ressemblance de Guillaume Canet avec son personnage, j’avais vraiment l’impression d’être face à Zola. Deux grands acteurs dans un affrontement à la hauteur de leur talent.

Impossible de passer sous silence, la lumière qui se dégage de ce film, la chaleur du soleil et ses reflets orangés sur les terres arides du sud, le vert des pins parasols qui contraste avec le bleu du ciel méditerranéen et les couleurs de la peinture de Cézanne


http://mondocine.net/
Danièle Thompson
2016
Avec Guillaume Gallienne, Guillaume Canet, Sabine Azéma, Alice Pol...

mercredi 30 novembre 2016

L'Heure de plomb - Bruce Holbert



Traduit de l'américain par François Happe

"La voie du sang est forte, mais celle de la terre l'est encore plus."

Une histoire qui commence dans la violence. Alors qu’un blizzard terrible s’abat sur l’état de Washington, deux frères, des jumeaux partent à la recherche de leur père. Luke n’en reviendra pas, seul Matt survivra, réchauffé par la maîtresse d‘école à la chaleur de son corps. Elle ne va d’ailleurs pas se contenter de le réchauffer… Ou comment grandir, trop vite, en une seule nuit.

Devenu un homme, qui plus est orphelin de père, c’est une nouvelle vie qui commence pour lui, propulsé à la tête du ranch familial. Une vie rude et âpre comme cette nature dans laquelle il évolue. C’est de cette abrupte manière que débute cette fresque familiale qui s’étend sur plusieurs décennies. Des personnages forts, plein de tempérament et de hargne,  qui font rarement dans la demi-mesure. On s’aime ou on se déchire,  bestialement, avec fureur. Là-dessus, les rapports pour le moins houleux entre Matt et Wendy sont particulièrement édifiants.

La violence, omniprésente dans cette histoire, surprend parfois tant on a du mal à la comprendre. Quelques scènes sont à jamais marquées dans mon esprit, une succession d’accouchements effroyables ou une punition plutôt radicale envers un cheval par exemple. Mais le plaisir est bien là et au fil des pages, on est ferré par l’écriture de l’auteur, pas de temps morts, un souffle épique qui donne toute sa force à ce roman d’une puissance rare.

L’heure de plomb de Bruce Holbert, un putain de bon bouquin que je vous recommande ardemment !


 Merci aux Éditions Gallmeister pour cette découverte ! 

Bruce Holbert et Marie-Anne Lacoma au Texte Libre à Gognac
ISBN 978 2 35178 116 6
374 pages
2016
24€
 

samedi 26 novembre 2016

Un paquebot dans les arbres - Valentine Goby



"Elle rêve de nourritures fantômes. Si on pouvait manger les nuages, les scintillements sur l’eau, le tremblement des feuilles, toutes choses disponibles, gratuites."

Une famille comme une autre avec trois beaux enfants. Les parents tiennent un café, le Balto, lieu de rendez-vous du village. Mathilde adore son père et fait tout pour lui plaire. Sans doute pour lui faire oublier le garçon qu’il espérait. Tout semble leur sourire.

Mais un jour, la tuberculose frappe la famille. Paulot et Odile deviennent des « tubard ». L’inconnu, la maladie, la peur de la contagion, tout s’écroule. Comme les amis, les clients se font rares. Les parents sont envoyés au sanatorium d’Aincourt, énorme « paquebot » de béton au cœur d’une forêt.

Encore bien jeune, Mathilde va devoir grandir plus vite que prévu. A la maladie des parents, s’ajoute le bras de fer avec les services sociaux, la lutte permanente contre la faim, un combat de chaque instant pour survivre. De petite fille, elle devient le pilier de la famille. Habitée d’une volonté farouche de s’en sortir, elle se démène pour tenter de garder un semblant d’unité à la famille et ce ne sont pas les épreuves qui vont manquer…

On retrouve dans cette histoire des thèmes communs à l’impressionnant Kinderzimmer, des corps en souffrance et l’enfermement sous de multiples formes. Au-delà de l’histoire douloureusement touchante et d’un beau personnage féminin, je garde avant tout de cette lecture le plaisir de retrouver la plume sensible de Valentine Goby, mélange de concision et de précision, le sens du mot juste.

Avec Un paquebot dans les arbres, c’est encore un poignant portrait de femme que nous offre Valentine Goby !





 Merci à Babelio et aux éditions Actes Sud !


Les avis de Nadège, Noukette, Jérôme et... Canel, histoire d'avoir un avis dissonant !

ISBN 978 2 333 06648 2
267 pages
2016
19,80€
 
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