samedi 28 mars 2015

Manderley for ever - Tatiana de Rosnay



Envie d’un voyage dépaysant dans les Cornouailles sur les traces d’une célèbre romancière anglaise ? J’ai le livre qu’il vous faut, Manderley for ever de Tatiana de Rosnay.

Comme beaucoup de lecteurs, c’est par Hitchcock que je suis venu à Daphné du Maurier. Le maître a adapté trois de ses livres, L’Auberge de la Jamaïque, Rebecca, deux romans,  et Les Oiseaux, une nouvelle. Des trois, je n’ai lu pour le moment que Rebecca dont j’ai adoré l’atmosphère envoutante.

C’est donc avec enthousiasme que j’ai découvert la vie de cette femme complexe au destin marqué par les passions plurielles : pour l’écriture, pour les amours « vénitiennes » (référence au « code du Maurier » que je vous laisse le soin de découvrir par vous-même) et pour les lieux qu’elle a habités. Ses deux dernières passions ayant largement influé sur la première.

De son travail d’écrivain, j’ai beaucoup apprécié la façon dont sont évoqués le processus de création, le jaillissement d’une idée, le fameux vertige de la page blanche qui vous noue l’estomac, la douleur quand l’inspiration ne vient pas, les périodes de sécheresse. On découvre aussi tout ce qui dans son quotidien nourrit son écriture, notamment les rencontres qu’elle a faites tout au long de sa vie.

Si elle a connu des histoires d’amour avec des hommes et des femmes, certaines platoniques, comme avec la femme de son éditeur américain, Ellen Doubleday, d’autres un peu moins comme avec la comédienne Gertrude Lawrence, Daphné du Maurier est restée toute sa vie mariée avec le même homme jusqu’au décès de celui-ci. Une dualité qu’elle est sans doute parvenue à transcender grâce à la part masculine en elle, un certain Eric Avon, le garçon qu’elle aurait aimé être, son « alter ego littéraire » qui a d’ailleurs largement contribué à la genèse de certaines de ses œuvres. To bi or not to bi… 

Ce qui surprend sans doute le plus finalement, c’est ce lien si particulier qu’entretient Daphné du Maurier avec les différentes maisons qu’elle a habité, source de bien être comme d’inspiration : Ferryside, Kilmarth à la fin de sa vie, mais surtout Menabilly. Elle a un attachement viscéral, quasiment fusionnel, avec Menabilly, celle qui a le plus compté et qui lui a inspiré Manderley, la fameuse demeure au cœur de Rebecca, son roman le plus célèbre. « Menabilly, son Manderley à elle engendré du même terreau magique que le Pays Imaginaire de l'oncle Jim, cet espace où elle ne va que seul et dont personne d'autre ne possède la clé. » 

Ce qui fait la force de cette biographie, c’est aussi le regard d’un écrivain sur un autre écrivain. La  passion de Tatiana de Rosnay pour son sujet est évidente et il est amusant de constater les similitudes entre les deux femmes. Toutes deux ont des noms à particules, une double culture et des origines franco-anglaises. Toutes deux sont romancières et auteurs de biographies. Toutes deux ont signées des bestsellers. Toutes deux ont vu certaines de leurs œuvres portées à l’écran...

Tatiana de Rosnay redonne vie à Daphné du Maurier dans cette biographie qui se dévore plus qu’elle ne se lit.

Manderley for ever, la biographie passionnante d’une femme passionnée…


 Ferryside où elle a écrit ses premières histoires...


Kilmarth, sa dernière maison...
Avec ses trois enfants devant sa chère Menabilly...

"Daphné comprend pourquoi son père aime tant devenir quelqu'un d'autre, c'est vrai, c'est enivrant de revêtir un costume et de changer d'apparence. Elle ne se sent plus timide du tout quand elle joue devant les amis de ses parents. [...] Les invités applaudissent à tout rompre. Et si, finalement, la vie, c'était de faire semblant ?"

"Est-ce de l'amour ? C'est de l'ordre du secret, du clandestin, du cloisonné, des émotions intimes qui tourbillonnent à l'intérieur, un courant puissant qui secoue en permanence, mais dont il ne faut rien montrer en surface, ne rien dire, ne rien laisser filtrer, c'est dans la veine troublante de ce qu'elle a vécu il y a quatre ans avec son cousin Geoffrey et qu'elle n'a jamais oublié. Certaines filles sont jalouses de sa complicité avec Melle Yvon, elle a remarqué ces regards en biais, ces chuchotements, cette suspicion."

"Daphné hoche la tête, l'eau de rose ce n'est pas pour elle, ce qu'elle veut, c'est que son lecteur soit saisit à la gorge, c'est ne jamais laisser indifférent."

"La magie des livres est une drogue, un sortilège, une échappatoire, aussi puissante, aussi envoûtante que le Pays Imaginaire de Peter Pan."

"Comment leur faire comprendre, à tous, sans les blesser, sans les heurter, que sa priorité, ce n'est ni son enfant, ni son mariage, ni sa mère, ni ses soeurs, c'est écrire ?" 

"Daphné regarde les vagues se briser sur la falaise. Elle ouvre la fenêtre, respire l'air salé de la mer. Cela lui fait du bien, quelques instants. Mais la douleur revient, lancinante. Un romancier qui n'écrit plus est une entité sans vie. Un mort vivant."

"Menabilly, son Manderley à elle engendré du même terreau magique que le Pays Imaginaire de l'oncle Jim, cet espace où elle ne va que seul et dont personne d'autre ne possède la clé."


Mon billet sur Rebecca, l'occasion de découvrir une photo de Manderley selon Hitchcock...



 Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour ce premier partenariat !

Une coédition
ISBN 978 2 226 31476 5
458 pages
2015
22,00€ 


25 commentaires:

  1. Touchée…!

    En te lisant, je me sens vraiment émue par la passion qui ressort de ton billet. Et la première chose qui me vient en tête, c’est toute la beauté contenue dans l’admiration d’une femme pour une autre.
    Je me dis que pour entreprendre une biographie et s’engager dans la découverte des recoins complexes de l’âme d’une autre, il faut ressentir plus que de l’admiration, comme une forme d’amour émerveillé.
    J’admire ces femmes fortes et passionnées. Et toutes celles qui assument leurs choix, comme celui de consacrer leur vie à l’écriture. C’est aussi très beau cette passion pour les lieux habités, comme un jardin secret qui renferme les trésors d’une vie ou comme une fenêtre sur une solitude bienfaisante et apaisante…

    Quel bel hommage à la beauté intérieure des femmes! Bravo…

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je trouvais que le mot "passion" revenait trop dans mon billet mais quelque soit la façon dont je tourne les choses, il revenait sans cesse ! Je lui ai donc laissé la place qu'il voulait...

      Supprimer
  2. Je suis à dire vrai étonnée que les écrit de Tatiana de Rosnay t'enthousiasment tant...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La part féminine en moi sans doute... :)

      Supprimer
  3. Tu me rappelles que Rebecca attend dans ma pal. J'avais tellement aimé "Ma cousine Rachel" !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Dans une version tronquée de 40 pages !
      Moi, j'ai très envie de découvrir la nouvelle traduction d'Annick Neuhoff qui vient de sortir chez Albin Michel pour comparer...

      Supprimer
  4. J'avoue avoir du mal à lire avec passion des biographies. C'est certainement bien écrit, il doit y avoir une certaine forme d'amour et de respect de la part de Tatiana de Rosnay envers Daphné du Maurier que je ne connais qu'à travers le film de Hitchcock, Rebecca. Ce n'est pas pour moi, mais tu en parles bien. Certainement ton coté Hitchcockien appréciant les romans de Daphné...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il y a des vies et des façons de les raconter plus captivantes que d'autres...

      Supprimer
  5. Je ne connais Daphné du Maurier qu'à travers les films d'Hitchcock car je n'ai lu aucun de ses livres pourtant ils me tentent, ne serait-ce que ceux portés à l'écran par Hitch. «Tellement de livres, si peu de temps !».
    Il n'empêche que cette biographie semble passionnante, du moins tu en parles avec passion.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je n'ai encore lu que Rebecca mais j'ai bien l'intention d'en lire d'autres... J'ai justement Les Oiseaux dans ma PAL.

      Supprimer
  6. Je vais bientôt le lire, il m'attend sagement dans ma PAL et j'espère qu'il me plaira :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Hâte de lire ton avis, j'espère qu'il te plaira autant qu'à moi ! :)

      Supprimer
  7. Étonnée je suis ! Je ne savais pas que De Rosnay écrivait des biographies, peut être la première ?

    J'aime beaucoup son écriture pour avoir lu trois de ses romans et il est vrai que les biographies n'est pas mon Dada sauf si je connais bien le personnage en question. Ce qui n'est pas le cas pour Daphné de Maurier, mais je comprends ton intérêt pour cette auteure et pour les adaptations de ton cher Grand Maître !

    Ceci dit mon manU ton billet est trop classe !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. ** les biographies ne sont pas ... oups !! ^^

      Pas la règle sur les doigts s'il te plait ;-)

      Supprimer
    2. Je ne suis pas spécialiste en Tatiana de Rosnay mais je pense que c'est la première.
      Tu as lu lesquels ?

      Supprimer
    3. Le cœur d'une autre,
      La mémoire des murs,
      Elle s'appelait Sarah (mon préféré) adapté au cinéma avec mon amoureuse : Kristin Scott Thomas.
      Et Boomerang.

      Finalement ça en fait 4. J'aime beaucoup. Si ils sont dans ma PAL je t'en envoie un. Mais Sarah je crois ne plus l'avoir. ;-)

      Supprimer
    4. Boomerang est dans ma PAL !

      Supprimer
  8. Et bien j'ai de la lecture sur les tranches... parce que je n'ai jamais lu Daphné de Mourier ni Tatiana de Rosnay .
    La "rencontre" des ces deux auteures me semble être très intéressante.
    Les lieux marquent les habitants c'est certain.
    Bises et merci pour ce beau billet

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Les lieux marquent et dans le cas de Daphné du Maurier inspirent...

      Supprimer
  9. J'ai vu le film d'Hitchcock, Rebecca, recemment. Quelle atmosphère mystérieuse et envoutante! De Daphné du Maurier j'ai L'hôtel de la Jamaïque dans ma Pal. J'aime beaucoup ton billet, tu donnes très envie d'en découvrir davantage sur cette femme et ses romans qui ont l'air passionnants. Merci pour ce joli partage.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Nadael.
      J'ai beaucoup aimé parcourir la vie de Daphné du Maurier et je pense que la passion de Tatiana de Rosnay pour cette romancière y est pour beaucoup...

      Supprimer
  10. Je vais voir si je le lis ou non. En fait j'ai lu plusieurs avis plutôt enjoués et surtout je n'ai jamais rien lu de cet auteur. ça serait peut-être l'occasion.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Comme tu t'en doutes après m'avoir lu, je ne peux que te le conseiller ! :)

      Supprimer
  11. Il vient d'arriver dans ma PAL !!
    Je pense qu'il va me plaire, j'adore en général les histoires d'écrivain :)
    En plus j'ai lu beaucoup de romans de Tatiana, donc pas de raison de passer à côté. Ton billet me conforte encore dans cette idée en tout cas.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai vraiment eu l'impression de partager la vie de Daphné du Maurier le temps de ma lecture, je ne doute pas qu'il te plaise. J'attends ton avis avec impatience !

      Supprimer

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...