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dimanche 14 juin 2020

Le Juke-box du samedi - Fade To Grey [ Visage ]



Sortie en 1980 au Royaume Uni, cette chanson a envahi les ondes du monde entier pendant toute la décennie. Synthés, voix métalliques, mélodie lancinante, « Fade to grey » est l’archétype de la New Wave anglaise. « Fade to grey », est un symbole des années 80. « Fade to grey » est un cocktail subtil de futurisme et de mélancolie.

Cette chanson évoque pour moi une époque ambiguë où l’égoïsme, le matérialisme, le consumérisme étaient des religions mais où on se sentait libre. Une époque farfelue où l’on sortait des trente glorieuses sans vraiment avoir conscience que la fête était finie. Une époque hélas perdue où tout était permis… Une sinistre époque aussi où le Sida est apparu.

Xavier Dolan a remis cette chanson à l’honneur dans « Laurence Anyways ». L’héroïne fait une entrée théâtrale dans une soirée, au son de ce morceau de Visage, au son de la pluie anglaise, au son de « Fade to grey » !

anthO


Quand Le Juke-box du samedi n’a pas lieu un samedi, la semaine a forcément été compliquée. Il y a des moments comme ça… Du coup, on se tourne vers des valeurs sûres, des mots, des airs, des musiques qui, même s’ils sont tristes, nous ramènent à de beaux moments, de cinéma, de partage, d’AmourS. 

« Sent la pluie comme un été Anglais
Entends les notes d'une chanson lointaine »
 

Pour moi, cette chanson est à jamais associée au film de Xavier Dolan, Laurence Anyways. C’est en le revoyant dernièrement que j’ai réalisé à quel point il est beau mais surtout à quel point il est triste.

Outre le personnage de Laurence, interprété par Melvil Poupaud, toute mon admiration va à Fred et surtout à son interprète, la québécoise Suzanne Clément. Fred qui aime Laurence et qui tente de faire face au cœur d’un amour peu conventionnel.

Dans cette scène totalement « clipesque », elle explose littéralement. Une Suzanne Clément dans une robe à paillette transparente, outrageusement échancrée, à la fois punk et lumineuse, fendant la foule vers un nouvel horizon, prête à tout affronter ou à renoncer peut-être. Un amour a parfois des allures de combat : partir, revenir, résister

« Aaah, we fade to grey »
manU

Visage, Fade To Grey (1980)

mercredi 24 mai 2017

Mommy - Xaver Dolan (2014) - Les blablas du weekend chez manU & Nad (3)



Un caleçon qui sèche, étendu sur un fil à linge. Une femme s’empare d’une pomme. Rouge. Le fruit défendu ? Déjà la voilà, elle apparait, Anne Dorval alias Diane alias D.I.E.
La scène suivante, sa voiture se fait percuter. Elle sort, le front en sang, titubante. 
A peine est-il commencé que le film déjà balance déjà entre douceur et violence alternant les moments beaux et tendres avec les moments tendus à la violence verbale oppressante et à la violence physique latente. C’est un film fort et tellement terrible à la fois… 

Bien vu pour la pomme mon kinG! 
J’trouve que le génie de Dolan se situe là, dans sa capacité à nous faire pivoter d’une extrémité d’émotions à une autre. On se sent déstabilisés, perturbés même, constamment sur le qui-vive, dans l’attente ou l’anticipation de voir ses personnages basculer et nous entraîner dans leur chute. Ils sont intenses, torturés et expressifs, et quel sens de la réplique! On les ressent en perpétuelle crise identitaire et en confrontation. 
Mes auteurs fétiches réunis dans un même film! Tabarnak!!!!!!! (il ne faut pas se gêner pour mettre en valeur cette si belle expression issue du jouale québécois et qu’on doit entendre au bas mot une cinquantaine de fois durant le film. J’en connais un dont les majeurs ont dû frétiller de plaisir!) :D 

Quels sont tes moments préférés ? Moi, j’en ai plusieurs. 
Celui où Steve met un CD avec la chanson de Céline Dion, On ne change pas. Ils se mettent tous à chanter, même Kyla, et à danser. Comme souvent Dolan fait d’une chanson populaire, que certains prendraient plaisir à dénigrer, un moment fort, un moment de communion entre les personnages et les spectateurs. Et puis on a tous des chansons pourries qu’on a plaisir à réécouter, non ? 
Celui où Kyla pète un plomb avec Steve. On la comprend… Suzanne Clément est excellente dans cette scène. Un peu comme cette scène dans Laurence Anyways où elle hurle sur une nana ! J’adore ! 
Celui où tout semble aller mieux enfin et que l’écran s’élargit. La taille de l’image choisit par Dolan contribue largement à l’ambiance oppressante du film. Mais très vite, l’écran se rétrécit à nouveau… 

Hum mes moments préférés, j’en ai plusieurs aussi. J’aurais voulu le revoir pour pouvoir m’en imprégner à nouveau, mais je n’suis pas arrivée à l’trouver, mautadine! Je me souviens pourtant de la scène du caddie et de toutes celles, douloureuses, qui mettent en évidence une relation mère-fils faite de violence, d’incompatibilité à communiquer et de désespoir. Du début à la fin du film on ressent jusqu’au fond de nos tripes la douleur causée par les limites de l’amour maternel et les troubles de l’attachement. Kyla est là pour ramener un peu d’équilibre à travers le chaos. Femme énigmatique, étonnante et mystérieuse, superbement interprétée par Suzanne Clément. 
Il n’en demeure pas moins que ma scène culte est celle sous l’air de « On ne change pas », je pourrais la regarder en boucle!!! Les trois acteurs sont extraordinaires mais Antoine-Olivier Pilon et Anne Dorval sont explosifs de justesse. J’adore le personnage de Steve et l’acteur qui l’incarne, impulsif, sensible, hyperactif, violent, le portrait de l’ado TDAH. Et « Die », la mère dépassée, aussi intense que passionnée, excessive, passant du rire aux larmes, alternance entre amour et révolte. Mon actrice chouchou!!! 

Ah Anne Dorval !!! <3 Impossible de conclure sans ajouter un mot sur elle. Si je trouve les trois acteurs formidables, pour moi elle explose dans Mommy ! 
Des film de Dolan aux Parents en passant par le Cœur a ses raisons, dans des registres donc totalement différents, chaque fois elle me donne des frissons. 
Quel talent ! Quelle est belle ! Quelle est juste ! 
Anne Dorval est une Tabarnak de comédienne, dans un Tabarnak de film, Esprit !!! ;)

   
 On ne change pas
On met juste les costumes d'autres sur soi

On ne change pas

Une veste ne cache qu'un peu de ce qu'on voit

On ne grandit pas

On pousse un peu, tout juste

Le temps d'un rêve, d'un songe

Et les toucher du doigt





L'avis du vieux Bison !




Rendez-vous dans quelques temps pour les prochains blablas de manU et Nad !


dimanche 8 janvier 2017

Juste la fin du monde - Xavier Dolan (2016)



Douloureux… C’est le mot qui vient en sortant du dernier film de Xavier Dolan… 

Je trouve aussi que c'est le bon mot, la douleur de ce fils qui revient après plusieurs années d'absence annoncer sa mort. Il choisit de s'entourer de sa famille pour briser le poids de la solitude. Puis il repart, plus seul encore, étranger dans un univers familial fait de violence contenue et de vieilles rancœurs. Chacun est emmuré dans son indifférence, le poids de ses conflits avec l’autre. C’est donc ça l'égoïsme?
Les silences et les regards dans ce film m'ont arraché le cœur.
Douloureux, c'est le bon mot... 

Oui, les regards. D'incompréhension, fuyants, interrogateurs, suppliants. Perdus.
Notamment ceux du personnage de Marion Cotillard. Tellement effacée, tellement horripilante, par ses multiples hésitations, et à la fois tellement troublante, tellement touchante. J’ai eu mal pour elle. 

Si j’ai souffert pour l’un des personnages c’est bien elle. On sent qu’elle porte douloureusement la solitude de chacun. Ils sont tous dépassés par l’incapacité d’accueillir la souffrance de l’autre. Son âme est sur le point de se fissurer. Elle semble supplier celui qui croise son regard de la libérer. Regard désespéré, dissocié de la réalité, sur le seuil de la rupture.
Il existe plus grande solitude tu crois? 

Je ne sais pas mais on a mal pour elle. Tellement enfermée, empêtrée, avec une telle volonté de bien faire, incomprise alors qu'au final, elle est la seule à comprendre...
C'est vraiment un huis clos oppressant. Étouffant. Suffocant.
Et le seul moment où l'on sort de la maison, je pense à la scène dans la voiture, c'est encore pire. Un lieu en mouvement, avec vue sur la nature extérieure et pourtant, c'est terrible. Encore plus oppressant. 

J’y ai beaucoup réfléchit en sortant du film. C’est quand même fort, elle est la seule à avoir un lien indirect avec la famille et à la fois la seule à comprendre. Son « détachement » lui donne sans doute la force d’écoute que les autres n’ont pas. L’écoute à travers le regard et les mots…
J’ai eu du mal avec la scène de la voiture, j’avais l’impression d’étouffer. J’aurais voulu ouvrir cette maudite portière pour que Louis échappe à la violence de son frère. C’était tellement insupportablement bien joué que je ressentais une angoisse terrible en moi, il me semble que la scène n’en finissait pas! Comme tu dis, le lieu était en mouvement et en même temps figé dans un espace restreint auquel il est à peu près impossible de fuir sinon qu’en se jetant par la fenêtre. Quelle torture! 

Aucune échappatoire possible !
Globalement, les acteurs sont remarquables. Moi qui ne suis pas très fans de Vincent Cassel et encore moins de Léa Seydoux, les deux m'ont vraiment bluffé, notamment dans les dernières scènes. On vit avec eux, l'impression qu'ils ne jouent plus mais qu'ils sont. 

Oui, ils sont tous exceptionnels, Dolan arrive à les mettre en valeur à travers leur rôle. Je ne suis pas non plus une grande fan de Cassel et Seydoux et pourtant ici ils m'ont laissé sans voix, surtout Cassel. Je me dis que quand j'arrive à autant détester la personnalité d'un acteur; c'est qu'il a vraiment fait son travail! J'aurais eu envie à quelques reprises de le secouer un peu, il faut dire que les colériques je les fuis comme la peste! 

Un film de Dolan assez différent même si on retrouve sa patte. Gros plan, regards, ralentis.
Et notamment dans ces intermèdes musicaux pour le moins décalés. Inclure le tube d'O-Zone dans ce film, il fallait oser !
 

Il m’a tellement fait sourire avec ce clin d’œil musical! Je me suis rappelée le fameux On ne change pas de Céline Dion dans Mommy, une chanson que personne n’oubliera jamais, et pour cause! :D
J’ai lu quelque part que la bande sonore originale est l’œuvre de Gabriel Yared, le même compositeur qui a produit la bande originale du Patient anglais. Je crois que c’est la seule musique de film que je ne me suis jamais achetée dans ma vie. Elle m’avait procuré des émotions fortes, vingt ans après le film il m’arrive encore de l’écouter. Quel talent! 

Quel talent, c'est aussi ce que je me suis dit à propos de Xavier Dolan après avoir vu ce film ! 

Dolan, sacré jeune prodige, ne cessera jamais de m’étonner! J’attends déjà le prochain avec impatience.
Voilà, je retourne à mon bol de popcorn extra beurre…….. ^^
Rendez-vous dans quelques temps pour les prochains blablas de manU et Nad!



Lire aussi l'excellent Déjeuner de famille chez Le Bison !

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