samedi 7 décembre 2019

Le Juke-box du samedi - Je ne sais pas [ Évelyne Gallet ]



Dans le sillage des chansonniers d’antan, Évelyne Gallet creuse son sillon et tutoie les plus grands du temps des microsillons. Elle manie les mots, l’humour et la provocation avec panache. Elle jure, elle peste, elle crache… mais toujours avec classe. 
« Je ne crois pas
qu’on puisse dire de moi
Que je me mets vite en émoi
Je ne crois pas non plus
qu’on puisse me taxer
De vierge effarouchée
Parler crûment
Ne m’a jamais bien effrayé
Déjà enfant
Je jurais comme un charretier »

Dans « Je ne sais pas », la chanteuse dit toute sa difficulté à côtoyer le commun des mortels, toute sa maladresse dans ses rapports aux autres. Reine de la gaffe, de la bévue, de l’impair : elle n’en rate pas une ! Comme je me reconnais dans cette gaucherie maladive !
Je ne suis rien ni personne mais je lui pardonne tout, même je l’absous. L’enfer ne vient pas d’elle, non, non, non. « L’enfer, c’est les autres » ! C’est Jean-Paul Sartre qui l’a dit !


Évelyne Gallet, Je ne sais pas (2018)
 

mardi 3 décembre 2019

La Marche au canon - Jean Meckert

3 septembre 1939 : Augustin Marcadet et sa bande sont mobilisés. Ils sont acheminés vers les frontières de l’Est par wagons à bestiaux. Le voyage est long, interminable. Mais rien ne se passe comme prévu : l’état-major balance, hésite, tergiverse, ne semble pas maitriser la situation. Les trouffions subissent les atermoiements de leurs supérieurs et c’est la débâcle, le doute, la désillusion : c’est la drôle de guerre.

10 mai 1940 : L’armée allemande lance son offensive et fait plier la France en 6 semaines : c’est la blitzkrieg, l’humiliation.

24 juin 1940 : Pétain reconnait la défaite en signant l’armistice. Les français se jettent sur les routes à mesure que l’ennemi avance vers la capitale : c’est l’exode.

Au travers du personnage de Marcadet, Jean Meckert livre un regard cru sur ce marasme. Ses mots sont vrais, sans fioritures.

Largement inspiré du vécu de l’auteur, ce récit de 1940 n’a pas pris une ride ! Une version non romancée de l’excellent « Suite française » d’Irène Némirovsky qui peut se lire d’une traite !

ISBN 2070789705
112 pages
2005
8,65€
 

samedi 30 novembre 2019

Le Juke-box du samedi - Adrian [ Buzy ]



« Qu’est-ce qu’on en a foutre du fric
De la réussite… sociale,
Nous Adrian ? »

Pour tenir de tels propos dans les années 80, il fallait être fou, punk, idéaliste ou tout simplement Buzy. De son vrai nom Marie-Claire Girod, Buzy a consacré sa vie entière à créer un univers bien à elle, à travailler avec d’autres, des artistes à la sensibilité à fleur de peau, parmi lesquels Serge Gainsbourg ou Daniel Darc de Taxi Girl

Buzy s’est toujours intéressée aux autres, d’abord en qualité de chanteuse-compositrice-interprète et par la suite en qualité de psychothérapeute ! Incroyable parcours, non !?

On peut regretter qu’elle n’ait pas sorti davantage de disques, mais ses chansons n’en sont que plus précieuses. Un tiers de siècle plus tard, j’écoute toujours ce morceau avec délectation, toujours prêt à m’indigner contre les injustices, toujours prêt à croire à un monde meilleur…

Je ne sais pas si je me reconnais en Adrian, mais à travers lui, ce sont tous les décalés, les écorchés, les cabossés qui me parlent ! Et ils me font immanquablement dévier du cadre, m’emmènent à la marge…

« Adrian, emmènes-moi 
Là où l'important 
N'est pas d'être important »

Buzy, Adrian (1983)

lundi 25 novembre 2019

Montgomery Clift, L'Enfer du décor - Sébastien Monod


"Rarement un acteur aura suscité autant de louanges au début de sa carrière. Mais les commentaires furent inversement aussi intenses à la fin de celle-ci."

Passionnant !

Près de 400 pages englouties en quelques jours, c’est dire si Sébastien Monod m’a embarqué avec lui sur les traces de Montgomery Clift. 

Monty, comme il était surnommé, fut un acteur sans cesse en recherche, un minimum d’expressions pour un maximum d’effet, au point que son jeu a inspiré des stars telles que James Dean ou Marlon Brando qui l’admiraient. Perfectionniste, il réécrivait régulièrement ses dialogues pour les ajuster au plus près de ses personnages.

Au fil des pages, on découvre une personnalité tourmentée, tenaillée par l’envie de toujours se surpasser dans son art et une homosexualité encore plus difficile à assumer à l’époque qu’aujourd’hui. L’alcool et les pilules seront des béquilles pour le meilleur mais surtout pour le pire…

Extrêmement détaillée et référencée, la lecture reste pourtant toujours prenante sans jamais lasser son lecteur. Plus qu’une biographie, l’auteur livre un incroyable travail d’analyse filmique. Chacun des films de l’acteur est décortiqué et resitué dans son contexte. Un bonheur de cinéphile, même pour le modeste cinéphile que je suis…

"Si alors certains doutent encore de l'attachement qu'éprouve Taylor pour Clift, cet épisode à la fois saisissant et émouvant leur cloue définitivement le bec. "Elle a pris la tête de Monty sur ses genoux", poursuit Kévin. "Il a gémi. Et il a commencé à étouffer. Il a esquissé un faible geste vers son cou. Il avait des dents arrachées et ses deux dents de devant s'étaient logées dans sa gorge. Je n'oublierai jamais la détermination de Liz. Avec ses doigts, elle a extirpé les dents. Elle l'a sauvé, car Monty risquait de mourir étouffé.""

Impossible de me souvenir vraiment par quel film j’ai découvert Montgomery Clift mais si je devais vous le faire découvrir en quelques films, je commencerais par Une Place au soleil de Georges Stevens avec Elizabeth Taylor, Soudain l’été dernier de Joseph L. Mankiewicz d’après la pièce de Tennessee Williams (un de mes films préférés et le plus grand rôle d’Elizabeth Taylor à mon avis), puis Freud, passions secrètes de John Huston et enfin évidemment The Misfits du même John Huston avec Clark Gable et Marilyn Monroe.

Le fan d’Hitchcock que je suis doit par contre reconnaitre que je ne crois pas avoir vu La Loi du silence dans lequel Monty incarne un prêtre au côté de la très expressive Anne Baxter ! Où peut-être l’ai-je vu il y a trop longtemps pour m’en souvenir ? Quoiqu’il en soit, je vais rapidement remédier à ça… 

L’Enfer du décor de Sébastien Monod, LE livre définitif sur Montgomery Clift.

Merci au Bison pour le cadeau 
&
à Sébastien Monod pour la dédicace !
Éditions LettMotif
ISBN 978 2 36716 213 3
400 pages
2018
39€


samedi 23 novembre 2019

Le Juke-box du samedi - T'as vu [ Clio ]



« Salut, ça va ?
T’as vu, j’suis là »

Un bien joli texte, une mélodie dandyesque, un clip qui sent la « fleur de banlieue » : Clio tire toute son inspiration de la trivialité du quotidien ! Mais il suffit qu’elle chante pour que tout soit sublimé. Avec Clio, fille de Zeus, le banal scintille, le quotidien pétille ; n’importe quelle tour de banlieue devient le mont Olympe. « T’as vu » est une chanson sur les affres de la vie à deux, sur le pardon, le compromis, sur notre capacité de résilience. Inutile de vouloir atteindre un hypothétique idéal, le bonheur c’est aussi se satisfaire de petits plaisirs minuscules… sans se montrer trop exigeant : 

« J’ai fait des tours autour de la maison
Fumé beaucoup
Mouillé mes joues
Touché le fond
J’ai shooté dans tous les cailloux des environs
Et j’suis rentrée à la maison »

En shootant dans les cailloux, la jeune chanteuse retrouve son chemin, dans cette forêt de béton. En chantant « T’as vu », elle nous aide à retrouver le nôtre dans les méandres de la vie à deux !

« Mais t'as cru quoi?
Que j'allais pas rentrer
Que j'allais me barrer
Que j'allais en aimer un mieux dans la rue d'à côté ? »


Clio, T'as vu (2019)
  

mardi 19 novembre 2019

Aimez-moi, maintenant - Axl Cendres


Aimez-moi, c’est l’injonction, l’incantation même d’un orphelin qui n’a personne sur qui compter à part lui-même. Comment être aimé quand on est seul au monde, quand on est ballotté de famille d’accueil en famille d’accueil ?

Quand un jour, le narrateur est diagnostiqué surdoué, doté d’un QI hors normes, les portes s’ouvrent, celles des longues études à la fac de médecine, celles de la réussite sociale, celles de la revanche. Le narrateur se prend au jeu, se projette dans un avenir radieux, galvanisé par le regard que les autres portent sur lui. « Il sera médecin, un grand médecin, une référence dans son domaine, il en a les dispositions » dit-on de lui parfois admiratif, parfois jaloux… Mais c’est sans compter sur des imprévus dans ce chemin tout tracé…

Un regard sans concession sur notre société, une écriture directe, percutante, un roman qui va droit au but, droit au cœur tout en nous faisant cogiter…


L'avis de manU

ISBN  978 2 84865 261 0
152 pages
2008
9€
 

samedi 16 novembre 2019

Le Juke-box du samedi - Danser les filles [ Bastien Lallemant ]


« C'est à peine 
Quand ils t'ont vu 
Me disent 
S'ils t'ont reconnu 
Que ton ombre 
Marchait devant 
Mi-homme 
Mi revenant »

Quand les survivants reviennent, ils gênent ceux qui ne sont jamais partis, les sous-vivants, les vivants tout court. Parce qu’ils dérangent nos certitudes, parce qu’ils réveillent nos angoisses, nous essayons souvent de les ignorer, de les cacher, de les oublier… Pour tous les revenants : les gueules cassées, les vétérans, les victimes d’accidents de la vie… Avons-nous seulement imaginé combien il pouvait être difficile  pour eux d’affronter le regard des autres ?

Le cinéma s’est emparé de ce thème avec des films tels que « La Chambre des officiers », et plus récemment « De rouille et d’os » ou encore « Au revoir là-haut ». Avec « Danser les filles », Bastien Lallemant se saisit du sujet avec sensibilité, simplicité… Ce minimalisme dans les mots autant que dans la musique me touche, m’émeut, m’ébranle à chaque fois !

« Ne fera plus danser les filles »


Bastien Lallemant, Danser les filles (2019)

lundi 11 novembre 2019

Benzos - Noël Boudou


"La gazette locale me décrit comme le héros du jour. L’homme qui au mépris du danger a sauvé sa voisine non voyante d’un dangereux pervers. Je ne suis pas un héros, faut pas croire ce que disent les journaux. Je suis une grenade suicidaire. Une centrale atomique vieillissante sur le point de s’écrouler. Je suis la preuve que l’héroïsme est bon pour les navets de Jason Statham.

Nick Power ne touche pas le fond, il le pulvérise pour voir s’il peut descendre encore un peu."

Attention drogue dure !

Dès les premières pages, on plonge dans le quotidien de Nick, un gars cool, bien dans sa vie et ses baskets, si ce n’est ce gros problème d’insomnies qui le fait abuser des somnifères et autres anxiolytiques, des benzodiazépines, les « benzos » quoi.

Heureusement, ce matin-là, des amis s’annoncent chez lui pour quelques jours. Passé le plaisir de se retrouver, la soirée ne se déroule finalement pas tout à fait comme prévue…

Quand le lendemain, la même journée semble recommencer, avec les mêmes amis qui s’annoncent, comme Nick, on comprend qu’il y a un problème. Serait-il en train de payer son abus des benzos ou de sombrer dans la folie ?


Encore une fois les Éditions Taurnada nous offre un thriller qui dépote : Écriture percutante, sens du rythme et suspense redoutable. Noël Boudou nous prend par les tripes et ne nous lâche plus avant la dernière page.

Plaisir de lecture garanti, montées d’adrénaline et gare au risque sévère de dépendance, Noël Boudou nous rend totalement accros à Benzos ! 


 Sortie le 14 novembre 2019

ISBN 9782372580601
222 pages
2019
9,99€
  (Livre reçu en service de presse)

samedi 9 novembre 2019

Le Juke-box du samedi - Le Voyage [ Gamine ]


 

« On pourrait aller voir la mer, 
Venise en hiver 
Ou les palmiers sur la Promenade des Anglais
 Non, tu vois, je n'ai plus sommeil, non, plus sommeil 
On pourrait partir tous les deux en voyage »

2019, les gondoliers s’enlisent à Venise, les anglais quittent le navire européen, les palmiers laissent la place aux saules pleureurs … Alors, Le Voyage, on en revient… C’est plutôt un voyage dans le temps que je vous propose aujourd’hui… plus qu’hier, moins que demain…

1986, on voyage grâce au groupe Gamine, ses guitares-basses, sa batterie, son harmonica. Ici, pas de synthé mais un son typique de la scène pop rock française qui me faisait planer tant et tant et que j’écoute encore avec plaisir. En espérant partager avec vous cet instant tout à la fois rétrospectif et introspectif, je vous laisse méditer ces quelques mots :

« Oh, tous nos rendez-vous manqués 
Le temps qui passe et ne revient jamais, non jamais 
Oh, tout ça si vite oublié, si vite oublié »

A nos rêves déçus, nos espoirs déchus, nos illusions perdues et à tous les voyages avortés.

Gamine, Le Voyage (1986)

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