mercredi 2 décembre 2020

Un Jour, je serai trop célèbre - Raziel Reid - Une lecture, deux regards

Parce que deux avis valent mieux qu'un, surtout quand ils sont opposés ! ;)

Traduit de l'anglais (Canada) par Patricia Barbe-Girault

 

Quand on vient du même pays, quand on écrit sur le même sujet, on prend forcément des risques, notamment celui d'être comparé. Dans « Un jour, je serai trop célèbre », Raziel Reid s'attelle au même sujet que Simon Boulerice dans « l'enfant mascara », paru en 2016. A savoir, les difficultés d'intégration d'un adolescent transgenre dans un collège américain. Ah l'Amérique : ce pays capable de produire en même temps une attraction planétaire avec le fameux « rêve américain » et un conformisme des plus navrant.


Eh bien, je n'irai pas par quatre chemins, Raziel Reid ne tient pas la comparaison vis-à-vis de son homologue québécois. Certes, l'auteur a une écriture spontanée, abrupte, brutale même qui sait remuer le lecteur. Certes, le livre contient quelques fulgurances qui laissent pantois. Certes, Raziel Reid a choisi de montrer ce fait divers sous un autre angle : Jude est persuadé qu'un jour il deviendra une étoile hollywoodienne, que le cinéma l'attend à bras ouverts, qu'il laissera un jour son empreinte aux côtés des plus grands, sur Hollywood Boulevard. Certes.

Mais la narration est brouillonne, le verbe trop acerbe et le protagoniste trop centré sur lui-même pour que je puisse glisser dans l'histoire comme dans un bain chaud… Pour moi, « Un jour, je serai trop célèbre », c'était plutôt la douche froide ! Peut-être aurais-je du le lire l'été…
 

anthO

 

Jude est gay et cultive sa différence. Il attire les regards et il aime ça. Il aime les strass et les paillettes. Il se maquille et s’habille en fille.

Du coup, certains le surnomme Judy. Toute ressemblance avec une certaine Judy Garland serait purement, non, fortuite. Et telle une diva glam, Jude magnifie sa vie.

Pour oublier les regards moqueurs et les insultes, il s’imagine une vie en technicolor. Le titre original du roman parle de lui-même : « When Everything Feels Like the Movies »… Telle Gloria Swanson faisant un éternel come-back dans Sunset Boulevard, il soigne ses entrées, ses tenues, sa démarche. Telle une star du grand écran, il joue un rôle, le rôle de sa vie.

Il provoque. Il assume et il aime ça. Et l’amour dans tout ça ? Jude est amoureux d’un garçon. Hétéro le garçon. Quand on rêve des sommets, on espère toujours atteindre l’inaccessible. Cet amour, il va le clamer, haut et fort. Trop fort pour le garçon…

 

S’inspirant du destin tragique de Lawrence King, le canadien Raziel Reid livre un roman aussi poignant que puissant. Des mots crus mais des mots justes, des mots vrais. Comme les sentiments de Jude…

Inspiré du même drame, j’ai lu il y a l’an dernier L’Enfant mascara du québécois Simon Boulerice. Les deux romans, très différents dans leur style et leur traitement peuvent se lire sans que cela vienne parasiter l’un ou l’autre. Deux auteurs de talents, deux romans à lire absolument.

Un jour, je serai trop célèbre, le destin de Jude, une étoile crépusculaire…

manU

 

ISBN 9782843379536
223 pages
2020
19€

lundi 30 novembre 2020

Mon père est un super-héros - Arnaud Cathrine & Charles Berberian


« Mon père est un super-héros. Et pas le tien. »

Pour un petit garçon, son père est un toujours un super-héros. Enfin, presque toujours. Et puis, il y aura toujours un autre petit garçon pour trouver que son papa à lui est un super-héros et pas le tien. L’homme, petit déjà, aime se mesurer à ses comparses…

Le chirurgien ou le Président de la République sont-ils davantage des super-héros que l’architecte, que le restaurateur ? La question a le mérite d’être posé…

Être un super-héros n’empêche pas de ramener les soucis à la maison et qua nd il s’absente pour une mission, son petit garçon est inquiet. Et si être simplement « super-normal », autrement dit être soi-même, était la solution la plus épanouissante ? La question a le mérite d’être posée…

Un album sur les aspirations de l’enfance derrière lesquelles se cachent peut-être celles du petit Arnaud Cathrine. Si je connaissais déjà la plume sensible de ce dernier, je découvre les illustrations tendres et colorées de Charles Berberian. Un petit régal dès la couverture au rouge intense et à la douceur veloutée, avec quelques touches de blanc et de bleu, telle la tenue d’un certain Superman…

 

 

 

ISBN 978 2 7324 9203 2
32 pages
2020
14,90€
 

samedi 28 novembre 2020

Le Juke-box du samedi - La Leçon de géographie suisse - Marie-Thérèse Porchet

 

 

 

Ça fait bien longtemps que les figures féminines ont éclipsé les hommes dans le monde de l’humour. Dans ce domaine, les femmes tiennent la dragée haute à leurs pendants masculins. N’est-ce pas Cornélia ?

Pour nous français, Marie-Thérèse Porchet habite de l’autre côté du Lac Léman, c’est-à-dire du mauvais côté, dans la petite ville de Gland, capitale anatomique de la Suisse. Mais pour les suisses romands, elle habite du bon côté de la frontière linguistique qui sépare la Suisse Romande de la Suisse Alémanique, où vivent les « bourbines ». N’est-ce pas Cornélia ?

Qu’a produit la Suisse depuis les chocolats, la neutralité et les paradis fiscaux ? Marie-Thérèse Porchet ! Alors, écoutez bien cette leçon de géographie suisse qui vous permettra de choisir de quel côté de la frontière linguistique, il faut placer son argent, et de quel côté il faut aller au spectacle !

N’est-ce pas Cornélia ?

Marie-Thérèse Porchet, La Leçon de géographie (2007) 

 

jeudi 26 novembre 2020

Paris Gangster : Mecs, macs et micmacs du milieu parisien - Claude Dubois

Nostalgique du Paris d'antan, Claude Dubois nous propose une immersion totale dans le « milieu » parisien : « le Mitan ». A Montmartre, à Pigalle, à la Bastoche, il nous propose une visite guidée « du Paris populaire mâtiné voyou, de la rue et du trottoir, Paname ». Tout y est : la gouaille, l'argot, le verlan, l'auteur ne ménage aucun effet pour nous transposer au temps des tontons flingueurs et autre Borsalino.

« Mecs, macs, et micmacs du milieu parisien » n'est ni une encyclopédie, ni un panégyrique. C'est l'oeuvre d'un passionné du banditisme, d'un mordu de Paris. Pas la ville lumière, non, la ville clandestine, parallèle, interlope.

Une œuvre finement écrite, richement illustrée, sublimée par les éditions Parigramme qui gagnent toujours leur pari de proposer un bel objet, qu'on aime caresser, conserver, voire collectionner. Lisez-le en rafales ou d'une traite, sans risquer la zonzon : « Paris gangster » est autorisé par la loi !

ISBN 2 84096 326 4
208 pages
2004
29,00€


samedi 21 novembre 2020

Le Juke-box du samedi - Après le blitz - Etienne Daho

 


Depuis son adolescence, Étienne Daho a toujours fait des escapades à Londres. Dans cette chanson, il évoque l’ambiance délétère qui règne en Angleterre pendant la campagne du Brexit… et il fait un parallèle intéressant avec le Blitz de la seconde guerre mondiale.

En 1940, Winston Churchill avait prévenu son peuple : « Je n'ai rien d'autre à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur » et l’aviation allemande pilonna Londres pendant des mois. Les britanniques firent face au Blitz avec un courage qui force encore le respect.

En 2016, la campagne de désinformation menée par la presse amena les britanniques à choisir la voie du Brexit : un tout autre Blitz. Autant le premier fut un facteur d’unité nationale, autant le second fut l’occasion de semer le trouble, le doute et la division…

Lequel des deux événements sera le plus dévastateur ? L’Histoire avec un grand « H » nous le dira.

« Nous danserons dessous les bombes
Derniers adieux à l'autre monde
Dans un ultime bras d'honneur
Sans les médailles et sans les fleurs »

Quel que soit le Blitz dont on parle, tout est dit… Étienne Daho, le chanteur de l’intime muerait-il soudain en analyste politique ? Le mystère reste entier !

 

Étienne Daho, Après le blitz (2018) 

 

mercredi 18 novembre 2020

Une lecture, deux regards - Chien Pourri et la poubelle à remonter le temps ! - Colas Gutman & Marc Boutavant


À quelles fins la folle équipe de chien pourri peut-elle bien utiliser « la poubelle à remonter le temps » ? Ben à remonter le temps… Découvrir les canichosaures, les bassetducus, aller se faire voir chez les grecs, ou simplement retrouver leurs racines ? A l’origine, Chaplapla a-t-il été un chat pas plat ? Chien pourri a-t-il senti la lavande ou la violette ?

Dans cette nouvelle aventure, Chien pourri et ses amis découvrent aussi le monde virtuel, se convertissent au Web, surfent sur le Net. Chien pourri et ses amis débarquent sur Internet, une tout autre poubelle…

Ce conte flamboyant, finement mené, très réussi est l’occasion pour les auteurs de mettre en garde les petits et les grands contre les dangers du Net, ce miroir aux alouettes ! Du grand chien pourri ! Chapeau bas, les H’auteurs !

anthO

 

« Le virtuel, c'est terrible, soupire le basset. N'importe qui se croit ami avec tout le monde. »

Au hasard d’une promenade dans une ruelle aux caniveaux remplis de détritus, Chien Pourri et Chaplapla tombent sur une étrange poubelle à remonter le temps. Et s’ils avaient une vie différente en remontant le temps ? Une formule prononcée et le tour est joué, les voilà replongés dans le passé…

Un passé où Chaplapla n’est pas encore plat, « Chat pas plat », mais fait des concours de « chat beauté » et génère des « like » et des vues sur les réseaux « so chiots ». Las, ils ne se connaissent pas encore avec Chien Pourri est tout « chat foin » de ne pas retrouver son fidèle ami qui, tout fier de son succès, refuse de se monter en sa compagnie ! Leur belle amitié risque-t-elle d’en être à jamais compromise ?

Après un précédent opus un peu faiblard à mon goût, nos deux anti-héros nous reviennent en pleine forme. Un tome amusant, une fois encore riche en jeux de mots et en péripéties mais qui met surtout l’accent sur la futilité des réseaux sociaux et les possibles dérives liées aux nouvelles technologies.

Un tome pas du tout pourri, alors on dit merci qui ? Merci Chien Pourri !

manU

 

ISBN 978 2 211 31057 4
83 pages
2020
8€

lundi 16 novembre 2020

Anne de Green Gables - Lucy Maud Montgomery

Traduit de l'anglais (Canada) par Hélène Charrier

"Le matin, je me dis toujours que les matinées sont ce qu'il y a de mieux, mais quand vient le soir, je trouve le crépuscule encore plus beau."

Je dois bien reconnaître que je ne pensais pas apprécier autant cette histoire. Si j’ai d’abord eu envie de la découvrir, c’est avant tout grâce au travail de Monsieur Toussaint Louverture, éditeur passionné, qui a l’art de sublimer chacune de ses publications. Oui, c’est avant tout l’objet livre qui m’a attiré. Une couverture magnifique aux teintes automnales et reflets irisés, une silhouette frêle et néanmoins déterminée tournée vers un avenir qu’on imagine radieux. Au cœur d’une nature rassurante, les branches enveloppantes de cet arbre comme un ami sur qui s’appuyer… Je ne m’attarderai pas sur la reliure, le grain du papier, la police d’impression, tous traités avec un soin infini. Un soin et une attention qu’elle mérite bien cette petite Anne de Green Gables.

Pour continuer à être honnête, je redoutais une histoire un peu mièvre et par trop simpliste même si je n’ai rien contre ce genre d’histoires de temps à autre. Et puis finalement, le charme a opéré. D’emblée, je me suis attaché à Anne. Jeune orpheline canadienne recueillie par un frère et une sœur, Matthew et Marilla Cuthbert. Les choses commencent mal puisqu’ils attendent un garçon capable d’aider à la ferme. Anne n’est donc pas la bienvenue. Mais très vite, sa personnalité va faire oublier la déconvenue. Comme les Cuthbert, on oublie qu’elle est atrocement bavarde et on se laisse attendrir par son enthousiasme, sa bienveillance, sa joie de vivre, son énergie, son intelligence, son piquant, sa détermination, sa façon unique de voir le monde, son imagination débordante et surtout son incroyable sens de la poésie.

Et c’est bien cet art de relever la poésie en toute chose, cette façon de poétiser le monde, qui a su me toucher au cœur. Je me suis laissé emporter par la plume de Lucy Maud Montgomery, fluide et moderne, la nouvelle traduction d’Hélène Charrier n’y est sans doute pas étrangère.

Au-delà de l’aspect littérature jeunesse un peu surannée, Anne de Green Gables se révèle finalement être une histoire romantique et bienveillante mais Anne est avant tout une héroïne déterminée et définitivement féministe. 

Un bel écrin pour une belle histoire à offrir ou à s’offrir, pour faire plaisir ou se faire plaisir, mais quoiqu’il en soit, laissez Anne de Green Gables glisser un peu de poésie dans votre vie…

 

 

ISBN 9782381960081
384 pages
2020
16,50€


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