lundi 20 janvier 2020

Miss Islande - Auður Ava Ólafsdóttir


Traduit de l'islandais par Eric Boury

"-Tu ne laisses rien affleurer à la surface. Quand on vit avec un volcan, on sait que les profondeurs bouillonnent de lave incandescente. Tu sais, Hekla, tu projettes d'énormes blocs de pierre dans toutes les directions... ils détruisent tout sur leur passage... tu es un rocher imprenable, un buisson de ronces... je ne compte pas pour moi..." 

Après Rosa Candida et L’Exception (<CLIC), c’est avec encore plus de plaisir que j’ai découvert Miss Islande. On y retrouve la plume toute en finesse et poésie de l’auteure à travers le destin d’Hekla, jeune femme qui un jour quitte la ferme familiale pour aller vivre à Reykjavík.

Sur place, elle retrouve Jon John, son ami d’enfance, une amitié amoureuse mais un amour impossible, ce dernier préfère les hommes. Il a d’ailleurs fui la campagne pensant vivre plus sereinement son homosexualité dans une grande ville mais les choses ne sont finalement pas si simples en ce début des années 60.

Hekla, elle, se rêve écrivain. Mais sur la place, en raison de sa grande beauté, ses rencontres de hasard la voient davantage dans le rôle de la future Miss Islande. « Sois belle et tais-toi ! » en gros. C’est sans compter sa détermination et son tempérament de feu, ce n’est pas pour rien qu’elle porte le nom d’un volcan, la grande passion de son père.

Les deux amis sont bouillonnants de créativité. La création est d’ailleurs au centre de cette histoire, qu’elle soit littéraire ou artistique. D’autres personnages sont habités par cette même passion dévorante, je vous laisse les découvrir.. Auður Ava Ólafsdóttir nous offre un magnifique roman féministe sur l’accomplissement et la quête de soi. À lire absolument.

"Tu n’es pas un écrivain d’aujourd’hui, Hekla, tu es un écrivain de demain. Ton père te l’a toujours dit, tu es née trop tôt."

ISBN 978 2 84304 869 2
288 pages
2019
20,50€
 

samedi 18 janvier 2020

Le Juke-box du samedi - Lentement [ Bertrand Belin & Barbara Carlotti ]



Ces deux artistes ont une Voix avec un grand V, ils ont le même amour des Mots avec un grand M et ils sont tous les deux auteurs-compositeurs-interprètes, c’est à dire des Artistes avec un grand A.

Bertrand Belin est fils d’un pêcheur breton et Barbara Carlotti est d’ascendance corse. Lui a grandi à Quiberon, elle, à Clamart dans les Hauts de Seine. C’est lui qui a composé « Lentement ».

Quand ils chantent ensemble, c’est beau, original, profond. C’est lent, on prend le temps. On entend « lentement » des dizaines de référence : Queneau, Prévert, Bashung, Sylvestre

Ce duo n’est pas dénué d’une certaine délicatesse. Je vous vois d’ici dodeliner de la tête. Approbation ? Doute ? 

« Lentement », laissez-vous porter par la vraie musique : celle des mots !

« Notre-Dame en feu qui rougeoie dans la nuit, la vache
Le poing d'un mec saoul écrasé sur une bouche
Carton, citron, étron, pinçon
Coton, dindon, houblon, gazon
Avion, majesté, vitesse du son
Cette fois derrière le stade où tu as fait ta danse d'indien pour lui
Pour qu'il pleuve sur lui »


Bertrand Belin, Barbara Carlotti, Lentement (2019)

mercredi 15 janvier 2020

Judy Garland, splendeurs et chute d'une légende - Bertrand Tessier


"Toujours faire bonne figure. Toujours donner le change. La vérité des interviews n'est pas la vérité intime, même si l'on peut se brûler à les entremêler. Mais si la mère et la fille ont peu de choses en commun, si Ethel ne manifeste aucune tendresse à Judy et si elles ne parviennent pas à communiquer, il n'y a pas de conflits entre elles. Judy fait comme elle a toujours fait : elle obéit."

Quel destin que celui de Judy Garland !

Un destin qui montre à quel point tous ces enfants stars ont pu être pressés comme des citrons que ce soit par leurs familles ou par les studios, tout puissants à l’époque.

Dès son plus jeune âge, à 2 ans, elle débute sur scène avec ses sœurs, les Gumm Sisters, Gumm étant son véritable nom de famille. Ses parents, notamment sa mère, la poussent constamment sous les feux de la rampe, se négociant un salaire aussi souvent que possible. 

Judy Garland fut l’un des joyaux de la MGM, au cœur de succès mondiaux, éternelle Dorothy du Magicien d’Oz ou héroïne d’une série de films aux côté de Mickey Rooney. 

Louis B. Mayer, grand ponte de la MGM, la pousse toujours plus, pour en tirer toujours plus de profit, n’hésitant pas à lui faire prescrire toutes sortes de pilules, pour maigrir, pour dormir, pour être en forme, une addiction dont elle ne parviendra jamais à se défaire réellement. La MGM finira par rompre son contrat quand elle n’en tirera plus autant de bénéfices.

Il lui faudra des années pour se détacher de l’emprise familiale comme de celle des studios mais en sera-t-elle jamais réellement libérée ?...

De sa vie privée compliquée, elle se mariera à sept reprises, on retiendra surtout son union avec le réalisateur Vincente Minnelli. De cette union naitra son première enfant, Liza Minnelli, qui deviendra l’artiste qu’on connait. Mais comme le père de Judy Garland, Vincente Minnelli préférait les hommes et leur union ne fit pas long feu. De là vient peut-être la sympathie réciproque et l’amour que lui porte la communauté gay qui fit d’elle une icône.

Mais le plus incroyable, tout au long de cette biographie passionnante, c’est cette capacité à se relever encore et encore après ses nombreuses chutes tels un phénix renaissant chaque fois de ses cendres.

Tiraillées entre ses addictions aux drogues et à l’alcool, dévastée au point de multiplier les tentatives de suicide et pourtant toujours portée par l’amour du public ou par le besoin d’argent, elle réatteindra plusieurs fois les sommets avant de chuter à nouveau.

Une actrice que je connaissais finalement peu, à part son interprétation dans Le Magicien d’Oz et que j’ai pris un immense plaisir à découvrir sous la plume de Bertrand Tessier qui lui a également consacré un documentaire.


J’en termine en vous parlant du film qui lui est consacré et qui sort aujourd’hui dans toutes les bonnes salles.

Sobrement intitulé Judy, il est réalisé par Rupert Goold. J’ai eu la chance de le voir en avant-première en novembre dernier et vraiment, Renée Zellweger offre une prestation tout bonnement bluffante ! Gestuelle, attitude, expression du visage, elle n’interprète pas, elle incarne Judy Garland. Le Golden Globe de la meilleure actrice qu’elle vient de recevoir est amplement mérité.

Le film se déroule en 1968, l’année avant sa disparition. Son retour sur scène à Londres est évidemment prétexte à de nombreux flashback sur son enfance et sa vie. Un excellent biopic que je vous conseille et qui vous donnera envie d’en savoir encore plus sur sa vie. La lecture de la biographie de Bertrand Tessier tombera alors à pic. 

Judy Garland, une légende à jamais au firmament des étoiles...


Merci aux Éditions l'Archipel !

ISBN 978 2 8098 2652 4
288 pages
2019
19€ 
 

lundi 13 janvier 2020

Une lecture, deux regards (3) : Le Detection Club - Jean Harambat

"Le roman policier est un jeu de l'oie, et dans ce jeu, le lecteur n'affronte pas le criminel mais l'auteur ! L'objectif du récit à énigme  n'est pas de faire l'obscurité mais la lumière. Le côté néuleux n'est qu'un écran de fumée destiné à révéler dans toute sa splendeur l'instant où tout s'éclaire. Le mystère doit rester simple." 

Dans les années 1930, le Detection Club réunit la fine fleur des créateurs de romans policiers au Royaume Uni. Et que se passe-t-il quand un milliardaire folâtre et farfelu se paye le luxe d’inviter ses illustres membres sur une île de Cornouailles ? Des situations rocambolesques, une guerre des égos jubilatoire, des joutes verbales truculentes et une véritable énigme à résoudre !

Je n’en dis pas davantage pour laisser le plaisir de la découverte à ceux qui tenteront l’expérience. Jean Harambat a concocté là un roman graphique qui mérite le détour : le dessin, les dialogues, le scénario, les références en pagaille, tout concoure à nous ravir, nous captiver, nous fasciner. Je l’ai lu deux fois en deux jours… Alors, adhérez, vous aussi, au cercle très fermé du Detection Club !

anthO

Un groupe de personnes convié par un mystérieux individu sur une île en Cornouailles, ça vous rappelle quelque chose ? On pense évidemment aux Dix petits nègres d’Agatha Christie et justement la romancière figure au nombre des invités, étonnant, non ? 

Jean Harambat a la bonne idée de redonner vie aux illustres membres du Détection Club et d’en faire les héros de son histoire.

Pour ceux qui l’ignorent, le Détection Club a réellement existé, regroupant la fine fleur des auteurs de romans policiers britanniques parmi lesquels Agatha Christie, G.K. Chesterton, et Dorothy L. Sayers entre autres, rejoints quelques années plus tard par l’américain John Dickson Carr.

Les éminents membres de ce Club se retrouvent donc invités par le milliardaire excentrique Roderick Ghyll, créateur d’un incroyable robot capable d’élucider les énigmes les plus retorses de romans policiers. Quand le milliardaire est retrouvé assassiné, les petites cellules grises de nos auteurs entrent en action. Lequel de ces enquêteurs de luxe va se transformer en suspect idéal ? Je vous laisse le découvrir...

www.bedetheque.com
Ce roman graphique est une pure merveille, tant au niveau de l’intrigue qu’au niveau du dessin. On pense à certains romans des auteurs présents et les clins d’œil à Edgar Allan Poe ou Gaston Leroux sont légion. La complicité vacharde entre Agatha Christie et Chesterton, les deux héros principaux, est savoureuse et le flegme britannique parfaitement retranscrit. La finesse du trait et la douceur des couleurs est en parfaite adéquation avec cette ambiance "so british" délicieusement vintage, entre "pudding" et "tea time" qui ravira les amateurs du genre.

Est-il besoin de rajouter que je me suis régalé ? "I don’t think so !"
manU 



Merci à Babelio et aux éditions Dargaud !

ISBN 978 2205 07943 2
136 pages
2019
19,99€
 
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