mercredi 12 décembre 2018

Le vallon du sommeil sans fin - Éric Senabre


"Un cauchemar, à l'origine, renvoie à une sensation toute particulière. Un état dans lequel on étouffe comme si quelque chose appuyait très fort sur notre poitrine. Généralement, il en résulte une paralysie, partielle ou totale, qui rend la situation plus terrible encore."

Longtemps je les ai attendus et après 2 ans d'attente, enfin les voilà revenus. Qui donc ? Mais Arjuna Banerjee et Christopher Carandini, of course ! le fameux détective des rêves et son assistant, journaliste reconverti. Je les ai rencontrés dans Le dernier songe de Lord Scriven, une enquête finement troussée et à l'ambiance "so british" dont je m'étais régalée.

Ensemble, ils forment un duo à la Sherlock et Watson et cette fois, sont épaulés par la compagne de Christopher, Lenora, qui n'est pas sans rappeler une certaine Mary Morstan, atout charme bienvenu.

Cette fois, ils sont amenés à mener l'enquête dans une station thermale dans laquelle plusieurs personnes se retrouvent plongées dans un sommeil dont rien ne semble pouvoir les tirer, un sommeil sans fin…

Plus incroyable encore, avant d'être réduits à l'état de créatures au sommeil agité par d'effroyables cauchemars, une Ombre aussi oppressante que malveillante se serait jetée sur eux !

Sommeil sans fin, créature démoniaque ou apparition, nos détectives du rêve vont avoir fort à faire pour découvrir quels funestes desseins sont en jeu et plus encore pour démêler le rêve de la réalité et la réalité du rêve…

"[...] le rêve est mon terrain de travail ; c'est une réalité, pour moi, au même titre que l'éveil. En réalité, je n'y mets aucune différence. Ce sont les continuités l'une de l'autre, comme le jour et la nuit."

C'est toujours avec le même plaisir que je retrouve le talent de conteur d'Éric Senabre. L'ambiance "so british" demeure. le duo d'enquêteur est toujours aussi complémentaire, leur complicité faite d'amitié et de respect fonctionne encore à merveille et la touche féminine ajoutée avec le personnage de Lenora ne gâche rien. Si on ne s'ennuie pas une seconde, l'enquête prend son temps, ses méandres sont nombreux et les surprises ne manquent pas dont une de taille, quoique pas si grande mais "Chut !", je ne vous en dis pas plus…

J'ajouterai seulement qu'avec Éric Senabre, le plaisir de lecture est comme Le vallon du sommeil, sans fin !


Merci à Babelio et aux Éditions Didier Jeunesse !

ISBN 978 2 278 08368 2
288 pages
2018
15,90€
 

dimanche 9 décembre 2018

Oh, boy ! - Marie-Aude Murail


« - Vous, vous avez de la chance, dit Siméon. Vous êtes ensemble, le soir. Il avait vu leurs deux lits côte à côte. Il aurait voulu dormir là, à leurs pieds, au milieu des peluches.
- Oui, mais Morgane, elle raconte pas les histoires aussi bien comme maman, se plaignit Venise.
Un ange passa au-dessus des enfants Morlevent. L'ange muet des grandes douleurs. »

Oh, boy ! Quelle histoire !

Je n’aime rien tant que quand un livre m’embarque, que je n’arrive plus à le lâcher, que je profite de chaque minute disponible quitte à tout laisser tomber pour m’y replonger, pour retrouver ses personnages. Quand j’ai commencé celui-ci, j’ai lu 100 pages d’une traite avant de le reposer à une heure de la nuit bien avancée.

Alors que leur père s’est déjà volatilisé sans plus jamais donner de nouvelles, leur mère vient de mourir. Eux, les héros de notre histoire, ce sont les enfants : Siméon, 14 ans, surdoué un peu chétif qui va passer son bac ; Morgane, 8 ans, qu’on a un peu tendance à oublier tant elle se fait discrète ; Venise, 5 ans, un amour de petite fille, aussi belle qu’attachante. Ce sont les enfants Morlevent, un nom peu commun et bien trouvé même si Morlapoussière aurait été encore plus adapté…

Les voilà donc orphelins mais bien décidés à ne pas être séparés, ils en font même le « jurement ». Quand deux autres demi-membres, adultes ou presque, viennent compléter cette presque fratrie, tout pourraient bien finalement s’arranger ou se compliquer, allez savoir !

Mais quand un autre drame leur tombe dessus, on se surprend à ressentir comme une boule dans la gorge, on se surprend à penser que ça ne peut pas finir comme ça. 

« Dans le long couloir des maladies, il y a par-ci par-là une fenêtre. Les deux frères s'y accoudaient, profitant du ciel et de l'instant. »

Oh, boy ! Quelle galerie de personnages ! Humains, drôles, attachants, touchants. Pas sans défaut, pas sans faiblesse. Des enfants parfois plus mâtures que les adultes. Des adultes plus gamins que les enfants. Chacun composant avec ses forces, ses blessures, l’exubérance de l’un, l’étroitesse l’esprit de l’autre, la combativité d’un autre, les différences qu’on exhibe ou qu’on garde secrète, l’amour à hauteur d’enfant, les joies, les drames, la vie quoi…

Il faut lire Marie-Aude Murail. 

Oh, boy ! J’ai A-DO-RÉ !


Merci à Canel pour ce judicieux conseil de lecture !

 
ISBN 2 211 056 42 3
207 pages
2000
6,80€

jeudi 6 décembre 2018

Kuro, un coeur de chat - 1 - Sugisaku

« Plus on recouvre de terre, plus on avoue qu'on est faible. La façon de recouvrir ses cacas révèle le rang d'un chat au sein d'un territoire. »

Contrairement à beaucoup de bandes dessinées ou mangas très à la mode depuis quelques années consacrés à nos amis les chats, ici pas de ligne claire et de couleurs douces et tendres mais un trait épais et du noir et blanc.
Kuro dont le nom signifie noir ou noiraud n’en est pas moins adorable avec sa bouille aussi ronde que ses grands yeux.

Si l’ensemble ne brille pas vraiment pour son originalité, on notera une vraie volonté de ne pas uniquement se concentrer sur le côté « mimi » des chatons. Facile, je sais !

Ici, on n’élude pas la façon cruelle dont les chats sont parfois occis à la naissance ou dont ils sont abandonnés dans une caisse au bord d’une route. (Épisode qui m’a rappelé un souvenir d’enfance. Un vieux monsieur arrêté au bord d’un cours d’eau pour un besoin pressant, aperçut soudain une poche en mouvement flottant à la surface de l’eau. Intrigué par l’agitation interne, il réussit à s’emparer de ce piège flottant et y découvrit plusieurs chatons, vivants, qu’il recueillit…).

Ne sont pas éludés non plus les bêtises plus ou moins grosses, les batailles de territoires, la stérilisation, les pipis et les cacas, les nombreux cacas, question de culture paraît-il.

Pour un moment de détente sans prétention, Kuro, c’est le manga qu’il vous faut !

ISBN 9 782 5050 6383 4
164 pages
2015
9,90€ au lieu 12,70€
 

lundi 3 décembre 2018

L'Art d'être chat : 24 très riches heures de ma vie - Padamu


« Tout ce qui me contient m’appartient » 

Avec ses pages cartonnées cousues entre elles de délicats fils rouges, c’est un très bel objet que ce petit recueil à l’esthétique japonisante.

Sous-titré 24 très riches heures de ma vie, L’Art d’être chat égrène heure par heure la journée d’un chat.

Chaque double page, évoquant une heure écoulée, comporte un dessin crayonné du chat accompagné d’un aphorisme dont il semble l’auteur.

On retrouve notre félin tantôt alangui, tantôt à l’affût, en pleine toilette puis jouant au bel indiffèrent mais toujours maître en son domaine. Ne dit-on pas qu’on vit chez son chat et non l’inverse ?

Au service de sa majesté le chat, Padamu au texte et Jack Tow au dessin pour un résultat plein de poésie féline, comme une douce caresse… 

L’Art d’être chat, vingt-quatre heures de la vie… d’un chat !




Traduit du miaou en italien par Paola Gallerani
puis de l'italien au français par Marguerite Pactat 
 
ISBN 88 977373 95 7
56 pages
2016
8,90 €

jeudi 29 novembre 2018

Broadway Limited 1 - Un Dîner avec Cary Grant - Malika Ferdjoukh


"La vieille dame regarda les dernières feuilles d'érables dansotter en feux follets sous les réverbères. La rue lui faisait l'effet d'un cimetière aux mille minuscules morts, feuilles, brindilles, insectes, fleurs... L'automne lui donnait toujours ce genre de pensées, chagrines, enfantines, sur fond de spleen."

C’est sur un malentendu lié à son prénom que Jocelyn Brouillard, petit franchie de 17 ans, débarque, à la Pension Giboulée au cœur de New York.

En effet, cet établissement, géré par deux sœurs d’âge respectable, n’accepte que les jeunes femmes, bien sous tous rapports cela va sans dire. Son sort sera scellé grâce à une botte d’asperges glissée subrepticement dans sa valise par sa mère, le destin tient parfois à peu de chose, mais aussi et surtout grâce à ses talents de pianiste.

Aux côtés de Page, Manhattan, Hadley et Chic, aussi attachantes que leur existence est riche et source de romanesque, Jocelyn se retrouve comme un coq en pâte dans cet environnement uniquement féminin, entre bas nylon qui sèchent, peines de cœur, petits et grands secrets.

Broadway n’est pas Hollywood mais on s’y croirait et en cette fin des années 40, on baigne allègrement dans le milieu bouillonnant des arts du spectacle entre musique, danse ou comédie, entre petits boulots, vraies vocations et rêves de réussite.

Les références musicales sont multiples et les clins d’œil cinématographiques aussi nombreux que savoureux. Les protagonistes croisent aussi bien Sarah Vaughan que la comédienne débutante Grace Kelly ou encore un certain Allen Königsberg qui deviendra plus tard Woody Allen.

Malika Ferdjoukh excelle à créer une atmosphère aussi enivrante et tourbillonnante que la meilleure des comédies musicales, avec un sens du petit détail qui n’appartient qu’à elle, mêlant comme personne fiction et réalité pour mieux embarquer son lecteur qui en redemande.

600 pages virevoltantes dévorées en 5 jours, ai-je besoin de préciser que je me suis régalé ?


Un titre découvert chez Nadège qui a déjà lu la suite, la veinarde...
 

ISBN 978 2 2112 34 993
598 pages
2015
10,80€
 
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