Affichage des articles dont le libellé est Comès. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Comès. Afficher tous les articles

samedi 19 avril 2014

Le Maître des Ténèbres - Comès





Si vous n’avez encore jamais lu le moindre album du talentueux Comès, Le Maître des Ténèbres fait partie des rares pas lesquels il faut impérativement ne surtout pas commencer !

Ce deuxième épisode des aventures d’Ergün l'errant, après Le Dieu vivant, m’a encore moins convaincu que le premier, ce que je ne croyais pourtant pas possible.

Ergün va cette fois dériver par-delà les frontières de la mort accompagné par toute l’imagerie possible et imaginable qui va avec, grande faucheuse, têtes de morts, squelettes, corbeaux, boucs et j’en passe. Le tout baigné dans une atmosphère pseudo psychédélique très marquée seventies avec des couleurs baveuses à en donner des nausées à un borgne daltonien.

Ajoutez à cela une accumulation de créatures toutes plus hideuses et repoussantes les unes que les autres, un imbroglio entre satanisme et religion, une apparition furtive mais néanmoins grotesque d’Hitler et la coupe est plus que pleine, elle déborde !

Pour lire un avis bien plus étayé, faites un tour chez Verdorie que je remercie chaleureusement pour ce partage.


Le Maîtres des Ténèbres ? Un Maître à laisser croupir dans les ténèbres de l’œuvre géniale du grand Comès


ISBN 2 203 33502 5
46 pages
1974 / 1981

dimanche 29 septembre 2013

Le Dieu vivant - Une aventure d'Ergün l'errant

Comès

Casterman
ISBN 2 203 33501 7
46 pages
1974/1980

(Emprunté à la médiathèque)


Mes impressions: 

Lors de ma première visite à la nouvelle médiathèque de ma ville, deuxième trouvaille, un album de Comès. Cool ! Trop content, je me saisis de ce Dieu vivant pour ne plus le lâcher. Un Comès que je n’ai pas encore lu, il en reste quelques-uns, je ne pouvais pas le laisser passer. 


"Dans une galaxie lointaine, un étrange véhicule fend les noirs abîmes des mondes interdits !..." 

Après un tel incipit, je dois bien reconnaitre que je me trouvais un peu partagé. La part en moi qui adore Comès se disait que c’était poétique tandis que la part un peu plus lucide se disait ça commence mal…

Ayant voulu se révolter contre ses chefs, un homme a été exilé, condamné à vagabonder sans fin dans la galaxie, il est devenu Ergün l’errant. Son vaisseau atterrit en catastrophe sur Shé, la planète fleurie, peuplée de femmes-fleurs et d’hommes-papillons. Les femmes-fleurs habitent la canopé, dans un village situé au-dessus d’une forêt dense et étouffante où même le soleil a du mal à pénétrer. Les hommes-papillons, quant à eux, occupent d’étonnants cocons accrochés à des arbres gigantesques. Tous vivaient en harmonie jusqu’à l’arrivée des dieux qui "descendirent du ciel sur un grand char de flammes", un seul subsiste encore, le Dieu vivant

Un soupçon de Star Trek et une grosse louche de La Planète des singes n’auront pas suffi à faire de cette histoire une réussite. Beaucoup d’idées amusantes et bien trouvées à défaut d’être réellement originales mais qui souffrent d’un traitement un peu simpliste. Des dialogues souvent trop explicatifs, un peu d’ellipses n’aurait pas fait de mal, des personnages et un univers bien trop manichéens qui s’avèrent au final plus souvent risibles que crédibles. Des trouvailles à l’aspect féérique qui tombent en définitive totalement à plat, occultées par le côté ultra kitchissime de l’ambiance et du graphisme. Mention spéciale aux chevelures des femmes-fleurs qui tiennent davantage du bonnet de bain à fleurs en plastiques des années cinquante que de la crinière luxuriante voulue, une véritable horreur à la limite du grotesque. Je terminerai par les couleurs, un patchwork nauséeux de rougeasse, orangeasse, jaunasse, maronnasse, lavasse (.??!!..) à vous faire regretter de ne pas être daltonien !!

Une chose a cependant attirée mon attention, le bonnet à grelots sur la tête de Pustule, le fou diabolique, Silence en porte un semblable dans la bande-dessinée éponyme. Un petit bonheur dans toute cette fadeur !

Le Dieu vivant, un album daté et globalement décevant…



✿✿ ✿✿ ✿✿
 


mercredi 1 mai 2013

Les Larmes du tigre

Didier Comès

Casterman
ISBN 2 203 33485 1
62 pages

(Acheté sur Priceminister)


Quatrième de couverture:

Qui a volé l'ombre de "Petite Pisse Partout" ?
Chassé de sa tribu, la femme qu'on 
appelle désormais "Celle qui a perdu son Ombre"
vient demander l'aide du chaman solitaire 
"Parle avec le Feu". La puissante médecine du
chaman les mènera sur la voie de la vérité...
et les larmes du Tigre cesseront de couler.

Mes impressions: 

Tout commence dans la neige, une neige immaculée. Puis arrivent les flocons, portés par le vent. Une bande-dessinée de Comès, le vent déjà, je suis chez moi, d’autant que les feuilles mortes soulevées et transportées par le vent ne sont pas loin… Des crânes de cervidés, des crânes humains, des crânes multiples, fouettés par la neige dans des décors qui pourraient sembler post-apocalyptiques, l’histoire peut commencer.

"Petite pisse partout" a été rejetée par sa tribu parce qu’elle n’a plus d’ombre. Devenue "Celle qui n’a plus d’ombre", elle vient à la rencontre d’un chaman, "Parle avec le feu" renommé "Fendu en deux" peut-être à cause de l’horrible cicatrice qui lui barre le visage. C’est pleine d’espoir qu’elle s’adresse à lui pour l’aider à retrouver son ombre, la tâche s’annonce ardue, "rechercher une ombre perdue peut s’avérer dangereux, surtout si elle a été volée !"

Purification et évocation des esprits ne seront pas de trop pour les guider vers une tentative de résolution de l’énigme. Leurs pas vont croiser ceux du nain "Pas très grand" qui va redonner le feu au chaman quand il va le perdre. Mais quelles sont les véritables intentions du nain qui aimerait tant "avoir une ombre "grande" comme tout le monde" ? De quels secrets est-il porteur ? Et quel est cet étrange tatouage sur son ventre ? "Petite pisse partout" retrouvera-t-elle son ombre ?

Le noir et blanc cher à Comès, ombres et lumières, des noirs très présents et très forts, les feuilles évocatrices du souffle du vent, des personnages en quête d’identité, en quête de soi, peu de dialogues, la communication passe parfois par le regard et par la force des esprits. Il m’a cependant manqué un "je ne sais quoi" pour être séduit totalement mais malgré tout un album à découvrir absolument.

Les Larmes du tigre de Comès… Ne vous retournez pas, vous êtes suivis par votre ombre…ou pas !



Citation:

"- Rechercher une ombre perdue peut s'avérer très dangereux, surtout si elle a été volée 
 - Volée !... Mais qui peut faire une chose pareille ? Et...pourquoi ?
 - La réflexion de son image est une partie essentielle de l'être humain, on peut chercher à se l'approprier        pour nuire à son propriétaire ou pour se nourrir de sa force vitale !"

 

dimanche 17 mars 2013

La maison où rêvent les arbres - Didier Comès


Casterman
ISBN 2 203 33462 2
86 pages

(Acheté sur Priceminister)




Mes impressions: 

Dès les premières pages, je retrouve ces feuilles mortes qui volent dans les airs, portées par le vent. Ce vent que j’ai senti souffler entre les pages de « Silence » puis de «La Belette », Comès déjà, Comès encore. Je suis donc en terrain connu. Tout va bien, je peux pénétrer dans ce singulier marais pourtant plutôt angoissant.

Un couple fait du canoë sur ces eaux marécageuses quand il se retrouve nez à nez avec un clown effrayant porteur de ce message « Allez-vous en ! » Mais ce n’est qu’un épouvantail, placé ici pour chasser les visiteurs éventuels, par une vielle femme. Alors que la brume se lève, le couple croit apercevoir une panthère, puis un ptérodactyle et enfin un crocodile,  réalité ou hallucinations ? Soudain, ils se volatilisent comme happés, engloutis dans les profondeurs boueuses du marais. C’est alors que nous découvrons la vielle femme qui arrive en barque avec sa petite fille, Cybèle, qui vient s’installer avec elle dans sa vielle maison installée sur les rives d’un lac, en bordure de forêt.

Cybèle, avec sa grand-mère, baigne dans un univers de magie et de sorcellerie et au cours d’un « rêve d’arbre » un oiseau clown vient lui rendre visite, lui parler, la rassurer. Elle se sent tellement seule depuis la disparition de ses parents, elle craint toujours qu’un monstre se cache sous son lit et ce n’est pas sa grand-mère qui la contredira : «Un monstre caché sous le lit ! Mais il y en a un ma chérie !... Il y en a toujours un !... »

C’est de la forêt que les ennuis vont arriver, surtout des esprits de la forêt. Les arbres, trop maltraités par l’homme, sont sur le point de prendre leur revanche.  Les arbres parlent, menacent, se déplacent et peuvent même aller jusqu’à tuer parfois… La révolte gronde depuis un certain temps, la vieille le sait, le soulèvement est pour bientôt, la nature veut et va reprendre ses droits…

Esprit de la forêt, homme-vert, homme-feuilles, arbres vengeurs, oiseaux qui parlent, forment un univers plus féerique que bucolique à travers cette parabole écologique pour le moins inattendue.

La maison où rêvent les arbres, tragique, graphique, effrayant, envoutant, Comès évidemment…



Citations:

"Les arbres rêvent aussi, redoutons leurs cauchemars !..."

"- Mammy ! Tu as entendu ?...
- Mmmh... Tu sais, dans le brouillard on croit entendre beaucoup de chose, et souvent, ce ce n'est que le vent !"

*** 



Eva - Didier Comès



Casterman
ISBN 2 203 33425 8
99 pages

(Offert)


Mes impressions: 

La nuit est tombée. Suite à une panne de voiture, une jeune femme blonde, Neige, vient chercher de l’aide en frappant à la porte d’une imposante demeure isolée. Ses habitants sont un frère et une sœur, Yves et Eva, qui ont la particularité d’être jumeaux. Suite à un terrible accident de voiture, Eva est restée handicapée et ne se déplace plus qu’en fauteuil roulant. Yves partage sa vie entre son amour et son aide envers Eva et sa passion pour les marionnettes et les automates.


Après un accueil un peu froid, Yves va proposer à Neige de passer la nuit chez eux en attendant l’hypothétique venue d’un dépanneur, non sans lui avoir auparavant recommandé de se méfier de sa sœur, si jamais elle la croise dans l’aile de la maison qui lui est impartie. Eva aurait parfois des attitudes et des réactions étranges donc autant l’éviter et « respecter son besoin de solitude ».

Bien entendu, les deux femmes finissent par se rencontrer. Eva tente de manipuler Neige, afin de la pousser à une sorte de relation érotico-saphique qui finit par rapprocher les deux femmes. A son tour, Eva enjoint Neige de se méfier de son frère dont « le comportement peut être…inattendu ! »

L’irruption d’une troisième personne va bouleverser la tranquillité de ce couple ou gémellité rime avec ambiguïté et culpabilité. Neige se retrouve au cœur d’un diabolique triangle plus vénéneux qu’amoureux, entre domination et perversion, érotisme et sadisme… Au milieu d’automates plus vrais que natures, d’une Marlène Dietrich échappée de « L’Ange Bleu », d’un Klaus Nomi plus synthétique que jamais, elle est un pantin vivant à la merci d’un marionnettiste qui semble confondre la vie avec son cabaret pathétique. Emotion, tensions, suspens, trouble et vertige vont se succéder jusqu’au coup de théâtre final…

Un noir et blanc superbe qui transcende une ambiance angoissante et feutrée, entre ombres et lumières, secrets et mensonges, réalité et faux semblants, au service d’un scénario bien plus oppressant et machiavélique qu’il n’y paraît au premier abord. Une ambiance que n’aurait pas reniée le grand Alfred Hitchcock. Les références au maitre du suspens sont d’ailleurs légions. Une maison inquiétante aux allures victoriennes, une femme armée d’un grand couteau de cuisine et une scène de douche anodine qui m’a pourtant fait penser à « Psychose », un revolver qui semble face caméra comme dans « La Maison du Dr Edwardes », une case qui semble sortie d’un plan de « Sueurs Froides » et surtout un découpage extrêmement cinématographique au point que lorsque Neige entre dans la maison, j’ai parfois eu l’impression de me retrouver dans la maison de Norman Bates.

 
Une bande dessinée qui, si elle n’a pas l’intensité dramatique et la puissance émotionnelle d’un « Silence », n’en reste pas moins un bon moment de lecture, un excellent thriller psychologique à l’ambiance délicieusement malsaine.

Et Comès créa Eva…


  
Didier Comès
1942-2013
 

lundi 25 février 2013

L'Ombre du corbeau - Didier Comès





Quatrième de couverture:

"Voilà un soldat, un simple soldat, entrainé malgré lui dans une tuerie inadmissible. Et soudain, sans raison, sans déraison, la réalité bascule...
Par le biais de la bande dessinée, Comès s'inscrit dans la grande tradition de l'école belge de l'étrange. Et, d'emblée, il se singularise... Comès a la hantise profonde des ombres et des sortilèges. Avec sans doute un goût pour le grotesque, comme chez Ensor ou Ghelderode.
Je crois que l'avenir appartient au fantastique.
Je crois que les "fantastiqueurs" sont les hommes de l'avenir.
Je crois que Comès est d'ores et déjà entré, par la force suggestive de ses images, dans l'avenir de notre mémoire."
Extraits de la préface de Jean-Baptiste Baronian

Mes impressions: 

Sur le front de la Meuse, en pleine guerre des tranchées, s’élève une musique. Un soldat croit entendre la musique de l’Enfer qui vient le chercher, le prendre, le cueillir au milieu de son charnier. Tout, autour de lui, n’est plus que cadavres et dévastation.  La forêt aussi a disparu, assassinée, il ne reste plus que des souches brûlées, broyées par les explosions, des troncs meurtris, mutilés.

Goetz von Berlichingen, c’est son nom, cherche à retrouver les siens quand soudain, la verdure, des arbres, une forêt, la vie. Comme un coin de paradis qui a échappé à la fureur des hommes, à leur folie destructrice. Un château et ses habitants, une petite fille qui semble sortie d’un recueil de la Comtesse de Ségur, son frère, musicien à ses heures, leur belle et grande sœur et la grand-mère, encore plus vielle qu’il n’y parait. Un tableau qui semble idyllique, trop, on s’en doute…

Déjà, la vieille femme semble avoir connu l’ancêtre du soldat qui a vécu au XVIème siècle, détail pour le moins surprenant, et tous semblent savoir qui il est sans qu’il se soit présenté. Pour un peu, on jurerait qu’il était attendu. L’ancêtre va d’ailleurs ressurgir dans les rêves du soldat. En fait de rêves, il est plutôt question de terrifiants cauchemars.

Quand la réalité devient cauchemar, quand cauchemar et réalité s’entremêlent pour mieux se confondre, quand la vie s’apparente à un petit théâtre de marionnettes dont la Mort tire les ficelles, quand l’ombre de David Lynch s’impose à vous… Les hululements de deux chouettes, les croassements de deux corbeaux… Pire encore que le chant glaçant de ces oiseaux de mort, leurs  mots… L’Ombre du corbeau, l’ombre de la Mort…


**********************************************************************************

Ma version de cette bande dessinée est celle d’origine, c’est-à-dire de 1981.

En 2012, une version augmentée de quelques dessins et d’un dossier sur l’auteur est ressortie. A noter que cette nouvelle version a été expurgée de ses couleurs.

La couleur est une des choses qui m’a le plus surpris dans cet album. Je m’étais habitué au noir et blanc de Silence et La Belette. La couleur pour atténuer, adoucir la noirceur de cette histoire ? Peut-être, ou pas. En tout cas, c’est ici une couleur plutôt désaturée, limite un peu lavasse, sans éclat, qui, si elle convient à merveille à l’ambiance surannée et aux personnages du château, peut rebuter.

Le dessin et le trait de Comès sont aussi très différents des deux autres albums cités. Beaucoup plus de détails globalement, quelque chose de plus pointilleux peut-être, comme une rigidité dans le trait. Pas de vent qui souffle sur les personnages, en même temps que sur les pages, d’où un rendu beaucoup plus graphique.

Le personnage de Goetz von Berlichingen est inspiré par un homme ayant réellement existé et dont se sont aussi inspirés Goethe et Sartre.

Un album moins connu, plus déroutant, plus noir, plus fantastique, mais qui est vraiment à découvrir  et que je redécouvrirai, pour ma part, avec plaisir dans sa version noir et blanc un de ces jours.

 Couverture 2012
 
ISBN 2 8036 0364 0
56 pages
1981

(Acheté sur Priceminister)

jeudi 7 février 2013

La Belette - Comès



Mes impressions: 

Le vent souffle fort sur les plaines de la campagne ardennaise soulevant et emportant dans son sillage une multitude de feuilles mortes comme un rappel perpétuel d’un danger imminent ou de la mort qui semble roder et guetter les nouveaux arrivants d’une petite bourgade reculée appelée Amercœur, un nom qui rime avec rancœur…

Anne, enceinte, et Gérald, producteur de télé sans scrupules, viennent d’emménager avec Pierre, leur fils, un adolescent autiste. Pierre arrivé trop tôt n’était pas désiré par sa mère qui vit depuis avec cette culpabilité, comme si l’autisme de son fils était entièrement sa faute. La petite famille se retrouve confrontée aux gens du cru qui ne voient pas forcément d’un bon œil l’arrivée de gens de la ville chez eux.

Il y a Jules, l’inquiétant voisin, qui protège son fils Bébert, dégénéré lubrique qui dans son musée des horreurs secret collectionnent les images de femmes nues quand il n’est pas occupé à sacrifier des animaux pour assouvir ses instincts sadiques. Albert, le prêtre du village, lui considère la télévision comme "la nouvelle religion", néfaste, nuisible, responsable du désintérêt de ses ouailles pour son culte et de la perdition du monde en général. Il voit en Anne, future jeune mère, comme un espoir de renouveau. Alors quand celle-ci va se tourner vers le culte de Déméter, opulente déesse de la fécondité, à l’initiative de La Belette et de son père, le prêtre va déchanter… La Belette, mi guérisseuse, mi sorcière, doté de surprenants pouvoirs semble savoir beaucoup de choses sur la vie et le passé des gens du village. Et si elle avait un lien avec tous ces meurtres qui commencent à s’accumuler depuis quelques temps ? A vrai dire, ce ne sont pas les suspects qui manquent.

Un village isolé, un jeune ado mutique, des secrets qui ressurgissent du passé, une bonne dose de magie, un graphisme en noir et blanc, autant d’éléments pour un résultat d’une excellente tenue dans la lignée de « Silence » du même Comès, l’effet de surprise en moins. Deux petits bémols pour moi cependant, une histoire un peu moins touchante et le graphisme de la famille dont je me suis d’abord demandé s’il s’agissait d’extraterrestres en voyant leurs têtes allongés et leurs oreilles pointus ! Étrange… 



Aperçu...



Retrouvez une interview de Didier Comès dans Sud-Ouest à l'occasion du 40ème festival de la BD ici.


ISBN 2 203 33417 7
146 pages

(Acheté sur Priceminister)

jeudi 24 janvier 2013

Silence - Comès






Mes impressions:

Beausonge, un nom bien doux et poétique pour un petit village retiré des Ardennes dans lequel on ne peut pas dire qu’il fasse bon vivre. C’est dans ce cadre, pas du tout enchanteur, que vit l’innocent du village, prénommé Silence en raison de son mutisme. Innocent est bien l’adjectif qui le qualifie le mieux. Doux, gentil, le cœur sur la main, il ne connait ni la colère, ni la haine, ni la vengeance.

Cette particularité va profiter à Abel Mauvy son «maître», personnage mauvais, violent, abject et libidineux. Ce sinistre personnage fait travailler Silence comme un forçat, le « prête » à des voisins et se moque de lui tout en s’en méfiant. D’une potentielle fonction de journalier, Silence est devenu son esclave, sa chose. Face à Abel Mauvy, le Thénardier de Hugo passerait presque pour un enfant de cœur.

Mutique en apparence, Silence entre plus facilement en communion avec la nature et les animaux qu’avec les hommes. La façon dont il est traité par Mauvy n’y est sans doute pas étrangère. Mais le vent perpétuel qui vient fouetter chaque page va apporter comme un souffle nouveau dans la vie et dans le cœur de Silence. Ce vent complice s’emporte et dans son sillon lève le voile sombre trop violemment et perfidement jeté sur de terribles secrets. Existe-t-il plus grand secret que celui des origines ? Même les secrets les plus noirs finissent par être mis au grand jour et parfois la fin est signe de renouveau…

L’univers de la sorcellerie avec ses rites et secrets est très finement abordé à travers deux personnages. Celui de la sorcière, le personnage féminin subtilement complexe et essentiel au déroulement de cette histoire. Mais aussi celui de « la mouche » mi rebouteux, mi sorcier qui ne se déplace jamais sans un aéropage nauséabond d'insectes autour de lui d’où son surnom. Le traitement de ces deux personnages est particulièrement réaliste et convaincant en dépit de leurs dons surnaturels. Ils auront chacun un rôle à jouer dans le devenir de Silence.

Après la préface signée Henri Gougaud, ouvrir cette bande dessinée signifie s’embarquer dans un univers à la noirceur saisissante sans espoir de l’abandonner avant d’en avoir tourné la dernière page. Le dessin en noir et blanc n’altère en rien notre plaisir mais l’amplifie au contraire tant le trait est abouti. Nous sommes confrontés à de véritables personnages aux aspects différents, aux expressions faciales adaptées à chacune des émotions ressenties; cela est assez rare et mérite d'être souligné à mon sens. Il y a dans la bande dessinée beaucoup trop de personnages mono expressifs voire pas expressifs, caractéristique rédhibitoire pour moi.

Enfin, des dialogues riches et percutants appuient cette histoire au point d’y retrouver l’intensité dramatique propre à un roman. La façon de matérialiser les pensées « simplistes » de Silence est également parfaite. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à qualifier Silence de roman graphique, terme à la mode mais qui prend tout son sens ici. Didier Comès, nos routes vont à nouveau se croiser, il le faut. 

Coup de cœur total en ce qui me concerne, Silence, il faut absolument en parler !

 Didier Comès



Casterman
ISBN 2 203 33403 7
155 pages

(Acheté à Easy Cash Saintes 5€)

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...