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jeudi 2 juillet 2015

Dans le temple - Kim Mi-hye & Choi Mi-ran


Traduit du coréen par Lim Yeong-hee et Françoise Nagel 



C’est dans le brouillard d’une fin de nuit que commence cette histoire.

Un jeune enfant, accompagné par sa mère, affronte les brumes d’une inquiétante forêt pour atteindre le temple de Seokguram et prier le Bouddha de faire revenir son père parti combattre les pirates japonais.

Une fois le temple atteint, sa pénombre est encore plus angoissante. Et les Huit Dieux Gardiens ne semblent pas décidés à laisser quiconque pénétrer. Le Bouddha semble bien proche et bien loin à la fois…

Temple de Seokguram

Une histoire toute en douceur qui passe de l’ombre à la lumière, au propre comme au figuré, notamment grâce à ses illustrations au fusain et à l’encre de Chine. Une petite merveille de zénitude !

Fleur de lotus

Petite merveille que j'ai dégoté dans la bouquinerie la plus sympa de toute la Charente-Maritime, La Porte des livres, dont je vous invite à visiter la page Facebook et où je vous invite surtout à vous rendre si vous passez dans le coin durant vos vacances. Il y en a pour tous les goûts et sa propriétaire se fera un plaisir de vous y accueillir.


Fleur de lotus selon Choi Mi-ran

"Le temple de Seokguran a été construit à l'endroit précis où arrivent les premiers rayons du soleil jaillissant de la mer. Les gens qui l'ont construit y ont mis tout leur cœur et toute leur âme.
Les habitants de l'ancien royaume de Silla venaient y prier pour que leurs vœux soient exaucés."


ISBN 978 2 8097 0271 2
48 pages
2011
13€

samedi 29 juin 2013

Quartier Lointain - L'intégrale

Jirô Taniguchi
Adaptation de Frédéric Boilet

Casterman
ISBN 978 2 203 03036 7
406 pages
1998 / 2010

(Acheté sur Priceminister)


Mes impressions: 

Il y a des jours comme ça où rien ne se déroule vraiment comme prévu. Hiroshi, bon père de famille de quarante-huit ans va en faire l’étrange expérience. Alors qu’il pensait être dans le train pour Tôkyô, il se dirige en fait vers Kurayoshi, sa ville natale, sans bien comprendre comment il a pu se tromper. L’abus d’alcool de la veille semble être l’explication la plus plausible. Les souvenirs remontent à la surface, son passé, ses jeunes années, sa mère. Sans l’avoir vraiment voulu encore, il se retrouve dans le cimetière du temple Genzen où repose sa mère. « Pas un souffle de vent… Pas le moindre chant d’oiseau… Ça m’a tout de même paru étrange. Le temps semblait suspendu… » Le temps d’un battement d’ailes de papillon, mille et une questions affleurent. Sa mère a-t-elle été heureuse ? Qu’est devenu son père après s’être volatilisé sans la moindre explication ? Tout se bouscule dans son esprit confus... Une légère brise qui fait bruisser les feuilles des arbres, une sensation singulière, inexplicable et Hiroshi se retrouve propulsé dans son corps d’adolescent de quatorze ans.

Retour inopiné vers le passé, dans le quartier de sa jeunesse, mais en ayant toute conscience de l’invraisemblance, de l’impossibilité de la chose. Comment expliquer l’inexplicable ?...  Le bonheur de retrouver des personnes disparues est douloureusement atténué par le fait de savoir qu’on finira par les perdre à nouveau. A moins que ? Et si le passé pouvait être modifié ?  Recommencer sa vie en sachant tout ce que l’on sait est un fantasme assez répandu, fantasme devenu réalité pour Hiroshi. Changer le cours des choses. Revivre ses premiers flirts. Empêcher son père de disparaître ou au moins en comprendre les raisons...

Finesse du trait, noir et blanc parfait, nuances de gris étrangement lumineuses, finesse des sentiments, psychologie des personnages parfaitement maitrisée, nuance des sentiments exprimés et des expressions des visages à aucun moment figées ou monolithiques. Avec ce Quartier Lointain,  Jirô Tanigushi est au meilleur de sa forme, au sommet de son art.

Malgré son épaisseur et son poids, ce roman graphique ou ce manga, peu importe, nous emporte et nous transporte, avec la légèreté d’un battement d’ailes de papillon…

 
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Extraits:

"Toute la tristesse...toute la solitude du monde étaient dans son étreinte. Une femme en larmes... Sa poitrine amaigrie pressée contre la mienne... Dieu que c'était douloureux ! Doucement...je l'ai prise dans mes bras..."

"Non mais ça va pas la tête !?! Tu vois Tomoko en maillot de bain, et tu perds tous tes moyens ? Derrière ma raison d'homme de 48 ans...il y avait un autre moi-même, qui espérait quelque chose... Continuer une relation de rêve avec Tomoko... Aller plus loin...La réalité, celle de l'adulte que j'étais, semblait s'effacer, comme s'effacent les souvenirs lointains. Je ne retrouverai sans doute jamais le monde d'où je viens..."

 

samedi 2 août 2014

Rebecca - Daphné du Maurier


"J’ai rêvé l’autre nuit que je retournais à Manderley. 
J’étais debout près de la grille devant la grande allée, mais l’entrée m’était interdite, 
la grille fermée par une chaîne et un cadenas. J’appelai le concierge et personne ne répondit [...]." 

Quel plaisir d’avoir enfin découvert ce roman ! Et quel roman ! Rebecca de Daphné du Maurier. Bien sûr, je connaissais l’adaptation d’Hitchcock mais je l’avais vu il y a si longtemps que j’en avais oublié quelques moments clés. Ma lecture n’en a été que plus agréable et surprenante.

La narratrice de l’histoire est dame de compagnie d’une vieille dame aisée. C’est dans le Sud de la France, où elles sont en villégiature, qu’elle va faire la connaissance de Maxim de Winter. L’homme, veuf depuis moins d’une année, va tomber sous le charme de cette jeune fille pourtant bien effacée. Tellement effacée, pour ne pas dire insignifiante, que Daphné du Maurier ne nous livre même pas son prénom. C’est de Rebecca qu’il s’agit et de personne d’autre.

Après un mariage un peu précipité et une lune de miel en Europe, l’heure est venue pour le jeune couple de rentrer enfin à Manderley, la splendide demeure de la famille de Winter. Mais Manderley a longtemps été l’écrin dont Rebecca était le bijou. Et désormais, le manoir semble davantage un mausolée, un temple à la mémoire de la disparue. La nouvelle Madame de Winter va avoir du mal à trouver ses marques tant l’ombre de Rebecca est omniprésente. Mrs Danvers, une femme glaciale, gouvernante de Manderley, et proche confidente de Rebecca y veille. Jalousement. Férocement. L’inquiétante Mrs Danvers. Mrs Danvers, fidèle par-delà la mort. A ses yeux, personne n’est digne de prendre la place de Rebecca.

"J'aurais pu lutter contre une vivante, non contre une morte." 

 La splendide Rebecca, la chatoyante Rebecca, l’irremplaçable Rebecca. Celle que tout le monde semblait apprécier. Celle à qui toutes les femmes voulaient ressembler. Celle que tous les hommes rêvaient de séduire. Rebecca, une femme magnétique, une femme unique. Rebecca encore. Rebecca toujours. Je serai d’ailleurs bien curieux de savoir combien de fois son nom est cité dans le roman. Si quelqu’un à la réponse !

Du haut de son promontoire rocheux, sous ses allures de château de la Belle au bois dormant, Manderley a de bien sombres secrets à révéler derrière sa multitude de couloirs et de salles plus impressionnantes les unes que les autres. Ne vous laissez pas attendrir par la magie qui s’en dégage, par l’odeur enivrante des bouquets de fleurs qui embellissent ses pièces, ni par les massifs d’azalées rouge sang qui bordent les allées de ses jardins…

Une lecture enthousiasmante portée par l’écriture totalement addictive de Daphné du Maurier. Impossible de lâcher cette histoire ! On a envie de découvrir tout ce que cachent les murs de Manderley. On a envie de tout savoir sur la défunte Madame de Winter. On voudrait secouer la nouvelle Madame de Winter et lui hurler « Mais tu vas réagir, bécasse !!! ». Quand à mi-parcours une révélation renforce encore notre intérêt et change la donne, le plaisir n’en est que bien meilleur…

Empruntez le chemin sinueux qui descend jusqu’à la crique à l’abri des regards. Là-bas, une maisonnette, près du petit port, pourrait vous aider à découvrir quelques-uns des troublants secrets de Rebecca…

Manderley, selon Hitchcock...





Joan Fontaine et Judith Anderson, impeccables, dans une scène particulièrement intense...

ISBN 2 253 00673 4
378 pages
1938 / 1939

Je ne peux que vous conseiller le très beau billet d'Athalie, Je l'ai lu et le soir même, je commençais ce roman qui dormait dans ma PAL depuis des mois...

Et le billet du Bison consacré à l’adaptation d'Hitchcock.

Une soudaine envie de visiter Manderley ? 
Pas peur de croiser Mrs Danvers dans un couloir sombre ? 
Alors c'est par ICI !

samedi 6 mai 2017

Étranges étrangers - Jacques Prévert

Jeudi matin, comme certains d'entre vous peut-être, j'écoutais Boomerang sur France Inter. Augustin Trapenard y recevait l'excellente Yolande Moreau. En fin d'émission, la comédienne nous a offert un très beau moment en lisant un poème de Prévert, lecture que vous pouvez réentendre en cliquant sur le lien ci-dessous:





Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
hommes des pays lointains
cobayes des colonies
Doux petits musiciens
soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés
manœuvres désœuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers

Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
pêcheurs des Baléares ou bien du Finistère
rescapés de Franco
et déportés de France et de Navarre
pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
la liberté des autres
Esclaves noirs de Fréjus
tiraillés et parqués
au bord d’une petite mer
où peu vous vous baignez
Esclaves noirs de Fréjus
qui évoquez chaque soir
dans les locaux disciplinaires
avec une vieille boîte à cigares
et quelques bouts de fil de fer
tous les échos de vos villages
tous les oiseaux de vos forêts
et ne venez dans la capitale
que pour fêter au pas cadencé
la prise de la Bastille le quatorze juillet

Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés

Enfants indochinois
jongleurs aux innocents couteaux
qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
de jolis dragons d’or faits de papier plié

Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
qui dormez aujourd’hui de retour au pays
le visage dans la terre
et des bombes incendiaires labourant vos rizières

On vous a renvoyé
la monnaie de vos papiers dorés
on vous a retourné
vos petits couteaux dans le dos

Étranges étrangers
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous mourez.

Jacques Prévert (1900-1977) 


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