mardi 14 juillet 2015

L'Envers du décor - Sébastien Brégeon



Les femmes de chambre dans les hôtels en savent quelque chose, le fantasme de la soubrette, avec celui de l’infirmière, est sans doute parmi les plus répandus. Et dans les hôtels, parmi la clientèle, ce ne sont pas les vieux vicieux qui manquent.

Quand dans une des chambres, un miroir ne se contente pas de réfléchir mais aussi de prédire l’avenir du lieu, la femme de chambre devrait arriver à éviter les ennuis. Mais les choses se passent rarement comme elles le devraient… 

Sébastien Brégeon signe une nouvelle à l’ambiance délicieusement malsaine avec une chute qui fait froid dans le dos. Prédiction, agression, stupéfaction !

Derrière la dorure et le clinquant, L’Envers du décor est rarement très reluisant…


 
Merci à Sébastien Brégeon pour cette découverte au format epub !
Si cette nouvelle vous tente, vous pouvez la télécharger ici ! 
 
"En cours de matinée, j’ai croisé un des clients de l’hôtel dans le couloir. Il me dévisageait tout en marchant. Je sais bien ce qui l’attirait. Les habits de travail qu’on nous oblige à porter doivent être commandés dans des sex-shops, la petite panoplie parfaite de la soubrette." 
 
"Ce sont surtout des hommes qui viennent à l’hôtel, particulièrement en semaine, des commerciaux pour la plupart. Ces types qui semblent plus pervers que la moyenne, qui nous matent les seins sans aucune discrétion ou qui se tordent au risque de se déboîter une lombaire pour essayer de deviner la couleur de notre culotte."


mercredi 8 juillet 2015

A Girl walks home alone at night - Ana Lily Amirpour



Il y a quelque chose de pourri à Bad city. Une cité pétrolifère qui pourrait être situé quelque part en Iran, rongée par la prostitution, la violence et la drogue qui corrompt les hommes. Une ville comme une autre en somme. Mais la nuit, lorsque les rues se vident, une silhouette rôde…

Une silhouette qui semble parfois glisser sur le sol sans toucher terre. Vêtue d’une marinière et d’un tchador en guise de cape, une jeune femme est bien décidée à remettre un peu d’ordre dans ce chaos.

Sa colère est exclusivement dirigée vers des hommes et surtout ceux de la pire espèce, ceux qui s’en prennent aux femmes. Dans ces moments-là, ses lèvres se retroussent laissant apparaitre deux canines que rien ne peut plus arrêter…

Une nuit, elle croise Arash, beau gosse affublé d’un père toxicomane. Une romance se dessine entre eux. Leur romance sera compliquée ou ne sera pas…


On ne peut s’empêcher de voir dans le personnage d’Arash un clin d’œil à James Dean, celui de Géant au milieu des champs de pétrole, ou celui de La Fureur de vivre au volant de sa superbe voiture ancienne, jean et tee-shirt blanc moulants de rigueur pour appuyer le trait.

Dans le making of contenu dans les bonus, Ana Lily Amirpour la réalisatrice, parle de son film comme d’un « western vampirique » et il y a vraiment de ça. Les décors et la mise en scène y contribuent largement, les larges rues de la ville comme une ville du Far West, la centrale électrique avec le train de marchandise à proximité et bien entendu les derricks. Des champs entiers de derricks qui pompent inlassablement le pétrole de la terre comme le vampire pompe le sang de ses victimes depuis des siècles. Le tout filmé dans un noir et blanc qui accentue encore le côté gothique et surnaturel de ces décors pourtant à dominante industrielle. La version originale en persan ajoute au dépaysement. 


Ana Lily Amirpour cite également l’influence des réalisateurs Sergio Leone et David Lynch et sa passion pour les romans d’Anne Rice, influences que l’on retrouve à l’écran. Certains regretteront sans doute un côté lent et esthétisant mais j’ai vraiment apprécié ce parti-pris. Les plans sont superbes, certaines scènes magnifiquement filmées, portées par l’expressivité des regards qui dispensent de tous dialogues qui ne seraient que redondants. A noter également, une très belle scène, à la tension sexuelle palpable mais d’une extrême sobriété qui démontre une grande maitrise de son art. Ana Lily Amirpour est une réalisatrice dont on n’a pas fini d’entendre parler. Et ce n’est pas Elijah Wood qui vous dira le contraire puisqu’il a coproduit ce premier long métrage. 

 A Girl walks home alone at night est un des meilleurs films dans le genre fantastique que j'ai vu récemment, un film que je vous recommande !


Un film sorti en DVD le 3 juin 2015 chez M6 Vidéo SND.

 Merci à M6 Vidéo et à Cinetrafic 
pour son opération « un DVD contre une critique » !

 
Ana Lily Amirpour
États-Unis, 2014
Avec Sheila Vand, Arash Marandi, Marshall Manesh...
 

lundi 6 juillet 2015

L'eau qui dort - Sébastien Brégeon



Avec la vague de chaleur qui règne sur le pays depuis quelques jours, on n’a qu’une envie, rallier les points d’eau les plus proches à recherche d’une source de fraîcheur rassérénante. Un étang, un lac, une rivière, un torrent, l’océan ou encore une piscine.

C’est justement au bord d’une piscine que Sébastien Brégeon a situé l’action de sa nouvelle, voilà qui tombe à pic !

Avec cette chaleur, la moiteur ambiante contribue à exacerber les sentiments, de désirs pour certains mais surtout de colère et de vengeance pour d’autres.

Deux gamins insupportables, comme on en croise tous les jours, qui pourraient même être les vôtres, et une drôle de vieille femme tout de noir vêtue qui a peut-être la solution pour que les abords de la piscine de l’hôtel retrouve sa tranquillité.

Les enfants sont parfois bien cruels entre eux. Surtout quand une âme sombre les pousse un peu…

En quelques pages, à partir d’une situation somme toute banale, Sébastien Brégeon installe l’air de rien une ambiance qui se délite inexorablement et finit par sombrer dans l’horreur absolue. Mais c’est important de le dire, sans jamais sombrer dans la facilité du gore. C’est fluide, fin et diaboliquement efficace.

Après vous avoir passé le goût des balades en forêt, Sébastien Brégeon pourrait bien vous passer l’envie de fréquenter les piscines… En tout cas, un conseil, méfiez-vous de L’eau qui dort !

Merci à Sébastien Brégeon pour cette découverte au format epub !
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"L'eau monte en trombe à plus d'un mètre. Paul voit de nouveau un visage translucide se former, plus distinctement cette fois-ci. Deux yeux ronds aussi vides que le néant ornent une grande bouche ouverte sans dents. Elle ne cesse de s'allonger donnant l'impression de vouloir l'aspirer."

"Un gros bouillonnement en surface et puis plus rien, plus aucun mouvement. Des sons métalliques résonnent et s'élèvent du fond de la piscine, ressemblant à s'y méprendre à des rires."

Un autre avis !
 

samedi 4 juillet 2015

Le phare, voyage immobile - Paolo Rumiz


Traduit de l'italien par Béatrice Vierne

Régulièrement, je me rêve vivant sur un îlot désert de toute présence humaine. Un morceau de terre plutôt rocheux, à la nature sauvage, sans âmes qui vivent. Un endroit coupé du monde, au calme, sans contrainte, avec du temps pour lire, pour écrire, pour penser.

C’est tout naturellement que mon choix s’est porté sur le livre de Paolo Rumiz, Le phare, voyage immobile lors de la dernière Masse Critique de Babelio.

Écrivain voyageur, Paolo Rumiz décide un jour de rallier une langue de terre rocheuse dominée par un phare quelque part au milieu de la Méditerranée, endroit qu’il garde délibérément secret. Son envie de préserver l’île apporte une sympathique petite touche de mystère. A noter que l’île n’est pas totalement déserte mais uniquement habitée par les gardiens du phare toujours en activité.

"Les gardiens de phare sont des hommes durs, rivés à leur récif. Monarques absolus de leur territoire et pourtant, en même temps, reclus à l'intérieur de ses limites."

Outre l’aspect rêvé de l’expérience, Paolo Rumiz nous livre aussi ses doutes, ses inquiétudes, ses réflexions, laissant libre court à ses pensées comme on le ferait dans un carnet de voyage. La nature qui parfois n’hésite pas à reprendre ses droits est évidemment au cœur de ses préoccupations.

"Par cette soirée où il fait un temps de chien, à l'intérieur de cette lanterne à la merci des brisants, je sens mon univers à la dérive comme je ne l'ai encore jamais senti."

Quand les éléments se déchainent, de paradisiaque, il arrive que le lieu semble devenir hostile. La danse des goélands, un plat de poisson, le lever du jour ou un inoubliable coucher de soleil feront oublier tout ça. De son œil de cyclope, le monstre de pierre veille…

Merci à Babelio et aux Éditions Hoëbeke pour ce voyage immobile !



ISBN 9782 84230 527 7
163 pages
2015
16€

jeudi 2 juillet 2015

Dans le temple - Kim Mi-hye & Choi Mi-ran


Traduit du coréen par Lim Yeong-hee et Françoise Nagel 



C’est dans le brouillard d’une fin de nuit que commence cette histoire.

Un jeune enfant, accompagné par sa mère, affronte les brumes d’une inquiétante forêt pour atteindre le temple de Seokguram et prier le Bouddha de faire revenir son père parti combattre les pirates japonais.

Une fois le temple atteint, sa pénombre est encore plus angoissante. Et les Huit Dieux Gardiens ne semblent pas décidés à laisser quiconque pénétrer. Le Bouddha semble bien proche et bien loin à la fois…

Temple de Seokguram

Une histoire toute en douceur qui passe de l’ombre à la lumière, au propre comme au figuré, notamment grâce à ses illustrations au fusain et à l’encre de Chine. Une petite merveille de zénitude !

Fleur de lotus

Petite merveille que j'ai dégoté dans la bouquinerie la plus sympa de toute la Charente-Maritime, La Porte des livres, dont je vous invite à visiter la page Facebook et où je vous invite surtout à vous rendre si vous passez dans le coin durant vos vacances. Il y en a pour tous les goûts et sa propriétaire se fera un plaisir de vous y accueillir.


Fleur de lotus selon Choi Mi-ran

"Le temple de Seokguran a été construit à l'endroit précis où arrivent les premiers rayons du soleil jaillissant de la mer. Les gens qui l'ont construit y ont mis tout leur cœur et toute leur âme.
Les habitants de l'ancien royaume de Silla venaient y prier pour que leurs vœux soient exaucés."


ISBN 978 2 8097 0271 2
48 pages
2011
13€

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