jeudi 24 janvier 2013

Silence - Comès






Mes impressions:

Beausonge, un nom bien doux et poétique pour un petit village retiré des Ardennes dans lequel on ne peut pas dire qu’il fasse bon vivre. C’est dans ce cadre, pas du tout enchanteur, que vit l’innocent du village, prénommé Silence en raison de son mutisme. Innocent est bien l’adjectif qui le qualifie le mieux. Doux, gentil, le cœur sur la main, il ne connait ni la colère, ni la haine, ni la vengeance.

Cette particularité va profiter à Abel Mauvy son «maître», personnage mauvais, violent, abject et libidineux. Ce sinistre personnage fait travailler Silence comme un forçat, le « prête » à des voisins et se moque de lui tout en s’en méfiant. D’une potentielle fonction de journalier, Silence est devenu son esclave, sa chose. Face à Abel Mauvy, le Thénardier de Hugo passerait presque pour un enfant de cœur.

Mutique en apparence, Silence entre plus facilement en communion avec la nature et les animaux qu’avec les hommes. La façon dont il est traité par Mauvy n’y est sans doute pas étrangère. Mais le vent perpétuel qui vient fouetter chaque page va apporter comme un souffle nouveau dans la vie et dans le cœur de Silence. Ce vent complice s’emporte et dans son sillon lève le voile sombre trop violemment et perfidement jeté sur de terribles secrets. Existe-t-il plus grand secret que celui des origines ? Même les secrets les plus noirs finissent par être mis au grand jour et parfois la fin est signe de renouveau…

L’univers de la sorcellerie avec ses rites et secrets est très finement abordé à travers deux personnages. Celui de la sorcière, le personnage féminin subtilement complexe et essentiel au déroulement de cette histoire. Mais aussi celui de « la mouche » mi rebouteux, mi sorcier qui ne se déplace jamais sans un aéropage nauséabond d'insectes autour de lui d’où son surnom. Le traitement de ces deux personnages est particulièrement réaliste et convaincant en dépit de leurs dons surnaturels. Ils auront chacun un rôle à jouer dans le devenir de Silence.

Après la préface signée Henri Gougaud, ouvrir cette bande dessinée signifie s’embarquer dans un univers à la noirceur saisissante sans espoir de l’abandonner avant d’en avoir tourné la dernière page. Le dessin en noir et blanc n’altère en rien notre plaisir mais l’amplifie au contraire tant le trait est abouti. Nous sommes confrontés à de véritables personnages aux aspects différents, aux expressions faciales adaptées à chacune des émotions ressenties; cela est assez rare et mérite d'être souligné à mon sens. Il y a dans la bande dessinée beaucoup trop de personnages mono expressifs voire pas expressifs, caractéristique rédhibitoire pour moi.

Enfin, des dialogues riches et percutants appuient cette histoire au point d’y retrouver l’intensité dramatique propre à un roman. La façon de matérialiser les pensées « simplistes » de Silence est également parfaite. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à qualifier Silence de roman graphique, terme à la mode mais qui prend tout son sens ici. Didier Comès, nos routes vont à nouveau se croiser, il le faut. 

Coup de cœur total en ce qui me concerne, Silence, il faut absolument en parler !

 Didier Comès



Casterman
ISBN 2 203 33403 7
155 pages

(Acheté à Easy Cash Saintes 5€)

8 commentaires:

  1. Tu m'as donné envie de me replonger dans l'univers de la BD. Pari réussi !

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  2. Si tu veux, je peux t'envoyer le livre: "L’île des chasseurs d'oiseaux de Peter MAY". Il aura la chance de continuer à vivre et peut-être d'avoir une rubrique pour lui, grâce à toi.
    Va sur mon blog et contacte-moi par la touche "contact" (je n'ai pas trouvé chez toi) pour me donner ton adresse, bien sur si cela te tente.
    Bon W.E. FLaure

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  3. Je l'ai trouvée en brocane cet automne. Pas encore lue, ça ne saurait tarder après ton billet !

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    1. J'espère qu'elle te plaira autant qu'à moi !

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  4. Je ne connaissais pas l’univers de Comès avant que tu ne m’en parles, et je le découvre en plus à travers ton superbe billet...

    Silence, un personnage en marge que j’affectionne sans même avoir lu son histoire. Un bel hommage à la nature qui domine l’imbécillité de l'homme, ou plutôt de ces hommes mauvais qui l'entourent..

    Tu avais promis de recroiser la plume de Comès et tu l’as fait dernièrement avec l’Arbre-Cœur :-)

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    1. Et je redoute le jour où il ne m'en restera plus à découvrir...

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