lundi 25 février 2013

L'Ombre du corbeau - Didier Comès





Quatrième de couverture:

"Voilà un soldat, un simple soldat, entrainé malgré lui dans une tuerie inadmissible. Et soudain, sans raison, sans déraison, la réalité bascule...
Par le biais de la bande dessinée, Comès s'inscrit dans la grande tradition de l'école belge de l'étrange. Et, d'emblée, il se singularise... Comès a la hantise profonde des ombres et des sortilèges. Avec sans doute un goût pour le grotesque, comme chez Ensor ou Ghelderode.
Je crois que l'avenir appartient au fantastique.
Je crois que les "fantastiqueurs" sont les hommes de l'avenir.
Je crois que Comès est d'ores et déjà entré, par la force suggestive de ses images, dans l'avenir de notre mémoire."
Extraits de la préface de Jean-Baptiste Baronian

Mes impressions: 

Sur le front de la Meuse, en pleine guerre des tranchées, s’élève une musique. Un soldat croit entendre la musique de l’Enfer qui vient le chercher, le prendre, le cueillir au milieu de son charnier. Tout, autour de lui, n’est plus que cadavres et dévastation.  La forêt aussi a disparu, assassinée, il ne reste plus que des souches brûlées, broyées par les explosions, des troncs meurtris, mutilés.

Goetz von Berlichingen, c’est son nom, cherche à retrouver les siens quand soudain, la verdure, des arbres, une forêt, la vie. Comme un coin de paradis qui a échappé à la fureur des hommes, à leur folie destructrice. Un château et ses habitants, une petite fille qui semble sortie d’un recueil de la Comtesse de Ségur, son frère, musicien à ses heures, leur belle et grande sœur et la grand-mère, encore plus vielle qu’il n’y parait. Un tableau qui semble idyllique, trop, on s’en doute…

Déjà, la vieille femme semble avoir connu l’ancêtre du soldat qui a vécu au XVIème siècle, détail pour le moins surprenant, et tous semblent savoir qui il est sans qu’il se soit présenté. Pour un peu, on jurerait qu’il était attendu. L’ancêtre va d’ailleurs ressurgir dans les rêves du soldat. En fait de rêves, il est plutôt question de terrifiants cauchemars.

Quand la réalité devient cauchemar, quand cauchemar et réalité s’entremêlent pour mieux se confondre, quand la vie s’apparente à un petit théâtre de marionnettes dont la Mort tire les ficelles, quand l’ombre de David Lynch s’impose à vous… Les hululements de deux chouettes, les croassements de deux corbeaux… Pire encore que le chant glaçant de ces oiseaux de mort, leurs  mots… L’Ombre du corbeau, l’ombre de la Mort…


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Ma version de cette bande dessinée est celle d’origine, c’est-à-dire de 1981.

En 2012, une version augmentée de quelques dessins et d’un dossier sur l’auteur est ressortie. A noter que cette nouvelle version a été expurgée de ses couleurs.

La couleur est une des choses qui m’a le plus surpris dans cet album. Je m’étais habitué au noir et blanc de Silence et La Belette. La couleur pour atténuer, adoucir la noirceur de cette histoire ? Peut-être, ou pas. En tout cas, c’est ici une couleur plutôt désaturée, limite un peu lavasse, sans éclat, qui, si elle convient à merveille à l’ambiance surannée et aux personnages du château, peut rebuter.

Le dessin et le trait de Comès sont aussi très différents des deux autres albums cités. Beaucoup plus de détails globalement, quelque chose de plus pointilleux peut-être, comme une rigidité dans le trait. Pas de vent qui souffle sur les personnages, en même temps que sur les pages, d’où un rendu beaucoup plus graphique.

Le personnage de Goetz von Berlichingen est inspiré par un homme ayant réellement existé et dont se sont aussi inspirés Goethe et Sartre.

Un album moins connu, plus déroutant, plus noir, plus fantastique, mais qui est vraiment à découvrir  et que je redécouvrirai, pour ma part, avec plaisir dans sa version noir et blanc un de ces jours.

 Couverture 2012
 
ISBN 2 8036 0364 0
56 pages
1981

(Acheté sur Priceminister)

7 commentaires:

  1. Tu continues avec bonheur ta découverte de Comès à ce que je vois. Tant mieux !

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    1. Tout à fait et je ne compte pas m'arrêter là.

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  2. Sur Silence tu as dit :

    "Didier Comès, nos routes vont à nouveau se croiser, il le faut".

    Promesse tenue... Tu donnes envie de découvrir Comès, c'est juste les dessins qui me rebute un peu .....peut être un jour...^-^
    Il faut encore me convaincre :D

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    1. Rendez-vous lors d'une prochaine découverte de l’univers de Comès dans ce cas.

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    2. Rendez-vous pris avec plaisir ;)

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  3. David Lynch, avant l'an 1981, c'est Elephant Man et Eraserhead. Autant dire deux chef d’œuvres absolus du bizarre.

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    1. Tu soulèves un point intéressant.
      Je me suis justement fait la réflexion, après publication, donc un peu tard, que le Lynch auquel je pense est postérieur à 1981 puisque c'est à Twin Peaks que certains passages m'ont fait penser. Enfin, ce sont juste quelques impressions, quelques détails...

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