samedi 18 avril 2020

Le Juke-box du samedi - Mashpotétisés [ Jean-Louis Murat ]



A la manière de Docteur Jekyll et Mister Hyde, Jean-Louis Murat peut tout aussi bien prendre les traits d’un chanteur sensible, un homme à fleur de peau, un poète maudit et parfois, il peut aussi se muer en monstre sanguinaire qui cherche à en découdre. Quand il règle ses comptes, il devient corrosif, incisif, vindicatif. Dans cette chanson, c’est l’industrie du disque qui est brocardée, le système tout entier d’ailleurs, de la production jusqu’à la diffusion qui est mashpotétisé 
  
"Vous nous aurez "mashpotétifiés"
Bien tous "mash-po-po-disposés"
Du bon boulot gougnafiers
Allez twist à St Tropez"

Pour lui, la vague Yéyé n’est rien d’autre qu’une montagne de purée, une procession de stars bien calibrées, standardisées, américanisées : bref, une simple collection de Monsieur Patates. 

Jean-Louis Murat, dans ses nombreux coups d’éclats dans la presse a aussi déclaré, qu’il préférait être détesté plutôt qu’idolâtré. Eh bien, moi, de ma hauteur de pomme de terre grenaille, j’ai envie de l’énerver, de le provoquer à mon tour et de lui dire, les yeux dans les yeux, que l’aime. Et j’aime aussi les patates, les frites maudites, la purée prémâchée et les potatoes exfiltrées.

C’est plus fort que moi, même si je suis une petite grenaille, tout cela me fait saliver, exulter, jubiler !

"Du bon boulot gougnafiers
Allez Twist à St Tropez
Encore on confond Johnny Vacances et Elvis Presley
C'est vous dire si c'est un succès"

Jean-Louis Murat, Mashpotétisés (2004)

jeudi 16 avril 2020

L'Institut - Stephen King


" Putain de merde, môme. Qui t'a arraché l'oreille ? "

Quand tu engloutis plus de 600 pages en 4 jours, c’est plutôt bon signe. Signe d’une histoire qui t’accroche et pour ça, il sait y faire Stephen King. Il te prend dans les filets de son écriture et il ne te lâche plus.

Alors j’ai eu mal et j’ai eu peur, j’ai tremblé pour tous les gamins de L’Institut.

Luke, bien entendu, le héros surdoué enlevé en pleine nuit après le meurtre de ses parents. Et puis Avery surtout. Ah Avery, si petit, si fragile, totalement démoli et pourtant si fort.

C’est qu’il s’en passe dans cet institut. Un endroit hors du temps planqué dans une forêt isolée du Maine. On y séquestre des enfants qui seraient doté de pouvoirs télépathiques et télékinésiques. Emprisonnés, maltraités, frappés, ils servent de cobayes à d’étranges expériences. Mais dans quel but ? Ne comptez pas sur moi pour vous le dire !

Alors oui, c’est vrai, il y a des longueurs, des moments où on se demande où le King veut en venir mais pourtant ça fonctionne. Un don incroyable pour créer un univers avec des personnages auxquels on s’attache ou qu’on exècre. Une indéniable facilité à instiller une ambiance délétère et oppressante.

Laissez-vous prendre au piège de L’Institut, vous au moins, vous êtes sûr d’en ressortir vivants…

Les avis de Karine, La Belette & From the Avenue !

ISBN 9782226443274
608 pages
2020
24,90€

samedi 11 avril 2020

Le Juke-box du samedi - Song for a Jedi [ Dionysos ]



« C’est comment qu’on dit : un jeudi ? Un Jedi ? » demandait mon grand-père quand la chanson est sortie. Je crois qu’à force de lui répéter, il avait fini par comprendre un « jet d’ail ». Il ne connaissait ni Dionysos ni « La Guerre des étoiles ». Par contre, il avait fait la guerre et il était expert en jardinage.

Je sais bien que « Song for a Jedi » est une chanson d’amour adressée à une femme, mais je m’en fous. Moi je veux l’associer à mon grand-père qui vient de mourir avant d’avoir cent ans : ça c’est un Jedi ! Avec le temps, j’avais fini par croire qu’il était immortel.

Et quand j’étais son petit Jedi, il me faisait des tartines de pâté avec de l’ail dessus. « C’est pour te chasser les vers » qu’il disait. Elles sont restées pour moi les tartines « au jet d’ail » ! Les meilleures tartines du monde…. Avec lui, c’est mon enfance qui est partie :

« Quand j'étais petit, j'étais un Jedi,
Tellement nerveux que lorsqu'il pleuvait,
Souvent je m'électrocutais. »

Alors Pépé, où que tu sois, entends cette chanson pour un Jedi, elle est pour toi !


Dionysos, Song for a Jedi (2002)

lundi 6 avril 2020

Einstein, le sexe et moi - Olivier Liron


« J’ai dû entendre dix mille fois les gens m’appeler gogol. À l’école, et surtout au collège, les enfants différents souffrent le martyre. C’est déjà le pouvoir hideux et haineux de la norme. Aujourd’hui encore, quand j’entends à la radio les « normaux », ceux qui ont le pouvoir de la norme, de dicter la norme, de faire la norme, les politiciens et les financiers, les humoristes pas drôles, les haineux de tous bords, j’ai envie de les déchiqueter avec les dents. Pour leur montrer de quel bois on se chauffe, nous les gogols. » 

Une sombre et froide fin de journée d’hiver dans « la grande maison » chez Tonton Louis et Tante Madeleine (non trempée dans du Coca). « C’est l’heure des Champions ! » 

Plus qu’une habitude, un rituel. Tonton Louis calé dans le canapé. Tante Madeleine (toujours non trempée dans du Coca ! En a-t-elle déjà bu d’ailleurs ? Il faudra que je me renseigne…) assise sur le seuil de la cheminée, le dos chauffée par les flammes qui lèchent avec gourmandise les vitres de l’insert. Le monde peut bien s’arrêter de tourner. Plus rien ne compte. La musique du générique retentit, ça commence : Question pour un champion !

Si on m’avait dit que plus de trente ans plus tard, je lirai un roman ayant pour cadre ce jeu, je ne l’aurai pas cru et pourtant, quel roman ! 

Einstein, le sexe et moi, c’est l’histoire d’Olivier, Olivier Liron l’auteur, et de sa participation à Question pour un champion, le célèbre jeu de France 3 animé par l’unique et l’irremplaçable Julien Lepers (Ah ben si, finalement…), musicien contrarié qui trouvera la reconnaissance (et la fortune ?) à travers ce jeu quotidien.

Un roman qui se lit d’une traite tant on est pris par l’écriture et le sens du rythme de l’auteur. La dramaturgie importante du jeu est elle-même propice à générer une certaine tension narrative. L’auteur y combine habilement des éléments de son existence, des nombreuses difficultés liées à son autisme et à son rapport à l’autre. Ses remarques, ses analyses, son sens critique, son sens comique et ses déboires sexuelo-sentimaux nous émeuvent encore plus qu’ils nous amusent. 

Olivier Liron s’y révèle aussi fin que drôle et attachant. L’adhésion à son histoire se fait donc avec une indéniable jubilation. 


« Il avait les yeux perdus dans le vague comme Patrick Poivre d’Arvor sur la couverture de ses romans. »

« Dès la naissance on ne le sait pas encore, mais il n’y a plus qu’à attendre la mort en essayant d’être tendre avec soi, le plus tendre possible, aimant avec les autres, le plus aimant possible, et révolté contre tout le reste. Il suffit de le comprendre pour que la vie devienne une fête.

« Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. »

L'avis du Bison
ISBN 978 2 36279 287 8
200 pages
2018
18€
  

samedi 4 avril 2020

Le Juke-box du samedi - Alors C'est Quoi [ Les Rita Mitsouko ]



La chanson est sortie en l’an 2000. Pendant toute mon enfance, ma mère m’avait prédit pour l’an 2000, la fin du monde… « Juste la fin du monde ». J’ai grandi avec cette idée-là, mais rien de tel n’est arrivé en l’an 2000. Enfin si ! La sortie de cette chanson simple mais efficace, cette chanson pleine de joie, d’espoir et de punch !

« Alors C'est Quoi que j'appelle 
C'est la joie, c'est elle 
Que les émois étincellent 
Et s'entremêlent encore nos voix. »

Et pendant cette période de confinement, le clip prend un sens nouveau pour moi. Je m’identifie à cette boule violette qui navigue dans les airs en toute liberté, je me prends même à aimer les ronds-points que je trouve si absurdes d’ordinaire. Je me prends à aimer les magasins de meubles qui ne vendent jamais celui dont j’ai besoin. Je me prends à aimer les pylônes électriques que je trouve pourtant si laids d’habitude ; et même les quartiers résidentiels qui sont pourtant sinistres.

Depuis 1984 et la sortie de « Marcia Baïla », Catherine Ringer et Fred Chichin, ont enchanté mon quotidien et ils continuent encore en 2020 ! Alors c’est quoi ? De la magie, de l’alchimie, de la biochimie ? Alors, c’est quoi ?

« réponds moi encore, montre toi
réponds moi encore, et encore
et encore, encore une fois. »

Les Rita Mitsouko, Alors C'est Quoi (2000)

lundi 30 mars 2020

La Daronne - Hannelore Cayre



Patience Portefeux, la cinquantaine, veuve. Profession : interprète et traductrice pour le Ministère de la Justice. Une situation enviable à première vue, sauf que pas de bulletins de salaire et pas de retraite, le ministère paye au black !

L’avenir s’annonce compliqué. Surtout quand on a deux filles déjà grandes et une mère acariâtre placée dans un EHPAD qui coûte évidemment un bras.

Alors, à force de retranscrire des écoutes téléphoniques de dealers et de petits trafiquants pas toujours très futés, elle se dit qu’elle aussi pourrait bien, elle aussi, prendre sa part du gâteau…


Voilà un excellent polar social, politique, féministe, porté par un style direct, concis, vif, percutant et drôle mais surtout qui sonne juste.

C’est remarquable d’intelligence avec un regard fin et acéré sur des sujets de société actuels qui donne de belles pages sur la drogue, le racisme ou encore la vieillesse.

Le film devait sortir ces jours-ci avec Isabelle Huppert dans le rôle principal. J’ignore si Hannelore Cayre a pensé à elle en écrivant son livre mais tout au long de ma lecture, j’avais l’impression d’entendre la comédienne tant le personnage semble avoir été écrit pour elle.

La sortie du film est retardée alors en attendant lisez absolument ce livre, La Daronne, c’est de la bombe !

Grand prix de littérature policière 2017
Prix Le Point du polar européen 2017

ISBN 9782757882917
192 pages
2017/2020
6,60€




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